… rien ne va plus! J+1 ou le cauchemar démocratique

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C’est arrivé – près de chez nous. Donald Trump est élu président des Etats-Unis d’Amérique.

La simple juxtaposition de ces mots, à peine imaginable hier, devenue réalité aujourd’hui, fait peur – et rire, à la fois. Quoi, ce type qui a multiplié les mensonges éhontés, les attaques vulgaires, les erreurs grossières depuis des mois, ce type auquel je ne confierais pas mon vieux vélo (que je laisse pourtant sans surveillance) président de la démocratie la plus puissante de la planète! C’est une mauvaise farce.

Mais c’est bien ce qui est arrivé. Et par un vote qui ne souffre pas de contestation. Comme j’en faisais l’hypothèse dans mon dernier post (relayant une idée présente dans les médias américains), Clinton l’emporte en nombre de voix (de peu : quelque 150 000 voix au dernier comptage) mais perd en nombre de grands électeurs, ceux qui élisent le président dans ce système indirect. L’écart est relativement important : 279 pour Trump (il lui en fallait 270 pour être élu), 228 pour Clinton (mais le décompte n’est pas achevé). On pourra toujours gloser sur un système électoral qui permet à des Etats moins peuplés, aux zones rurales et péri-urbaines d’être surreprésentés par rapport à des Etats plus peuplés et aux villes (c’est un peu comme si, en France, c’étaient les sénateurs qui élisaient le président), ce qui favorise la population blanche, plus âgée et moins diplômée par rapport à une population plus mélangée, plus jeune et plus diplômée – il n’empêche : selon ces mêmes règles du jeu qui avaient permis, il y a huit ans, à un Barack Obama d’être élu, Hillary Clinton a été battue.

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Il faut certainement que le parti démocrate s’interroge sur les raisons de cette défaite. Qu’il se demande si c’était vraiment une bonne idée de choisir quelqu’un qui exerçait des responsabilités gouvernementales depuis des années dans un pays où le sentiment d’hostilité envers les institutions politiques n’a jamais été aussi fort, où l’aspiration au changement, n’importe lequel, s’exprimait de façon si ouverte. Le vote Trump exprime aussi le sentiment de beaucoup d’Américains moyens d’être les laissés pour compte de la mondialisation, d’être oubliés des élites économiques, politiques et culturelles avec lesquelles Clinton semblait dans les meilleurs termes.

Mais je pense que ceux qui pensent que Bernie Sanders aurait fait mieux qu’Hillary Clinton se trompent. Il y a une poussée de l’électorat américain à droite voire à l’extrême-droite, une tendance au repli et une crispation identitaire que n’aurait pu contrer le représentant de la gauche démocrate. Hillary Clinton a fait la meilleure campagne que l’on pouvait faire dans ces conditions. D’un point de vue rationnel (ou français), ses arguments étaient les plus convaincants, ses solutions les plus adaptées aux problèmes de l’Amérique et du Monde. Mais ça n’a pas suffi. Comme Trump l’a cyniquement déclaré au cours de la campagne, il aurait pu descendre sur la 5e avenue et abattre un passant au hasard, il n’aurait perdu aucun électeur.

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Et maintenant? Eh bien, c’est au pied du mur que l’on voit le maçon. Expression populaire qui, dans le cas présent, pourrait recevoir une illustration très concrète, avec le projet, avancé par Trump au cours de la campagne, de compléter le mur qui sépare déjà les Etats-Unis du Mexique à certains endroits de la frontière, un mur qui serait payé par les Mexicains eux-mêmes. Cela fait partie des nombreuses déclarations et promesses aussi démagogiques que dangereuses faites par Trump ces derniers mois, de l’interdiction faite aux musulmans d’entrer sur le territoire américain à celle de déporter les 11 millions d’immigrants illégaux présents aux Etats-Unis, en passant par les attaques contre les femmes, les handicapés, les journalistes, les homosexuels, tout ceux qui représentent la société ouverte et multiculturelle que Trump et beaucoup de ses électeurs abhorrent.

On peut penser aussi que cette élection va marquer un tournant dans les relations des Etats-Unis avec le monde – a wrong turn pour reprendre le nom d’une série de films d’horreur bien connus. La bourse de Moscou s’envole tandis que les bourses européennes et asiatiques dévissent, indice parmi bien d’autres que la Russie de Poutine a tout à gagner de l’élection de Trump : les mains libres en Syrie, la quasi-certitude que personne ne s’opposera à sa volonté sur les marges européennes de son empire (Trump a réaffirmé durant la campagne que les Etats-Unis devraient cesser de financer l’OTAN et ne soutenir leurs alliés européens qu’à certaines conditions). Le Japon et la Corée du Sud livrés à eux-mêmes. Etc.

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Toutes ces prédictions alarmistes ne vont peut-être pas se réaliser. Il n’est pas totalement exclu que le président Trump se montre plus raisonnable que le candidat Donald, à l’intérieur comme à l’extérieur des Etats-Unis. Mais l’inverse est tout aussi possible. Et cela fait froid dans le dos.

Pendant ce temps, l’interface internet du service de l’immigration canadien doit fermer devant l’afflux de demandes en provenance des Etats-Unis (et la Californie, largement démocrate, réclame, en riant à demi, son indépendance). Le rire et nos yeux pour pleurer : c’est peut-être tout ce qu’il nous reste en ce lendemain d’élection tragi-comique. C’est le sens général des dessins qui illustrent cet article, en provenance de l’excellent site Mashable que je mentionnais dans le précédent post (mashable.com).

Après le Brexit, l’élection de Trump, what’s next? La France en 2017? Le retour aux affaires d’un ancien président qui tente de surfer sur la vague populiste? L’arrivée au pouvoir d’une candidate de l’extrême-droite qui se dit que rien, désormais, n’est impossible?

Ou un sursaut de nos démocraties fatiguées?

LM

 

 

 

Une réflexion sur « … rien ne va plus! J+1 ou le cauchemar démocratique »

  1. Dear Laurent,

    Long time no see, and today I read in Le Monde the review on your new book. Félicitations! I’m writing you from Aix-en-Provence where I’m working as Professeur invité http://www.rug.nl/research/biografie-instituut/afbeeldingen/affiche_hansrendersanderefoto.pdf

    Hope you’re well. You’re working not any more at science po I discovered, but on the university Paris 3. We still have our appartment in Paris, I hope we’ll meet soon,

    Best wishes,

    Hans

    https://www.routledge.com/products/9781138939714

    Discount Code http://www.rug.nl/research/biografie-instituut/the-biographical-turn-flyer.pdf

    Prof. Hans Renders

    History and Theory of Biography

    University of Groningen

    Faculty of Arts

    History Department

    Oude Boteringestraat 32

    NL-9712 GJ Groningen

    http://www.Biografieinstituut.nl

    +31 50 3635816

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