Multiculturalisme et diversité culturelle (suite)

Bonjour,

il m’a bien fallu une semaine pour digérer l’incroyable (et mauvaise) nouvelle de l’élection de Donald Trump à la présidence de la république américaine. Believe or not, that guy will be the 45th president of the United States! Pour beaucoup d’Américains, il  faudra bien plus d’une semaine pour se faire à cette idée révoltante pour l’esprit, il n’est même pas sûr que quatre années y suffisent. Les manifestations qui ont lieu dans toutes les grandes villes du pays le prouvent, avec tous ces gens qui crient « L’amour écrase la haine » (to trump : surpasser, battre, prendre le dessus sur) ou « Pas mon président »! C’est particulièrement le cas à New York, qui a voté Hillary Clinton à une large majorité et où des manifestations ont lieu quotidiennement devant la Trump Tower, sur la 5e Avenue, le QG du président-élu (qui n’entrera en fonction qu’en janvier prochain), lequel reçoit sans désemparer des personnalités qui pourraient composer sa prochaine administration.

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L’un des postes les plus en vue, celui de conseiller principal auprès du président (chief strategist) a déjà été attribué à une personnalité très controversée, Steve Bannon, ex-dirigeant du groupe médiatique Breitbart, un proche de Donald Trump. Bannon se compare volontiers à Dick Cheney. Ou à Darth Vader. Ou encore à… Satan, ce qui est assez curieux pour un homme par ailleurs proche des milieux fondamentalistes chrétiens. Mais on voit l’idée : l’homme s’imagine en conseiller de l’ombre, éminence grise tirant les ficelles dans les coulisses. « L’obscurité est bonne », le vrai pouvoir réside dans l’obscurité, a-t-t-il récemment déclaré lors d’une interview sur CNN, quand vos adversaires sont dans l’ignorance de ce que vous projetez de faire.  On a quand même une petite idée de ce que Darth Bannon mijote dans sa cuisine obscure en relevant ses déclarations depuis des années, entre théories conspirationnistes, sexisme, racisme, antisémitisme. Mais bien sûr, tout ça, c’est du passé. Bannon défend aujourd’hui un programme de grands travaux qui pourraient relancer l’économie et donner des emplois aux cols bleus qui se sont détournés des démocrates pour voter Trump. Il théorise – vaguement – un « nationalisme économique » qui est en ce moment fort à la mode sur les deux rives de l’Atlantique (et du Pacifique). Si cela réussit, a-t-il encore déclaré, si l’alliance entre les populistes et les conservateurs perdure, les Républicains sont au pouvoir aux Etats-Unis pour les cinquante prochaines années. Ce n’est pas encore le Reich de mille ans mais c’est un début.

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Ce que ce genre de déclaration oublie (et voudrait faire oublier), c’est qu’une majorité d’Américains ont voté en faveur d’Hillary Clinton. La candidate démocratie a eu le plus de suffrages populaires, 1,7 million de plus que son rival républicain, dix fois plus que ce que j’annonçais dans un précédent post, quand le comptage définitif n’était pas encore disponible. C’est aussi cela que crient les manifestants dans les rues de plusieurs villes américaines depuis dix jours : leur rage de s’être fait volé l’élection, le sentiment que leur vote n’a pas été pris en compte. Contrairement aux inquiétudes pré-électorales selon lesquelles certains partisans de Trump n’accepteraient pas la victoire de Clinton, ce sont ici les partisans de Clinton qui s’estiment victimes d’un déni de démocratie. Mais si des heurts parfois violents ont eu lieu avec les forces anti-émeutes, cela ne s’est pour l’instant traduit par aucune violence de masse. A New York comme dans la plupart des villes (où se concentrent les supporters du camp démocrate, comme on le voit sur les cartes ci-dessus, publiées par le New York Times, qui montrent une Amérique géographiquement autant que socialement et « racialement » divisée), les gens défilent pacifiquement en faisant entendre des slogans hostiles à Trump et en réaffirmant leur solidarité envers tous les groupes sociaux que Trump a stigmatisés durant sa campagne : femmes, noirs, latinos, juifs, handicapés, gays, lesbiennes, transgenres, etc. Autant de minorités et communautés déjà discriminées et dont la vie risque d’être demain encore plus compliquée sous l’administration Trump.

Cela me ramène quelques semaines en arrière, à une soirée proposée dans le cadre du festival monté par les services culturels de l’Ambassade de France et la librairie française Albertine (clin d’oeil à Proust dont les oeuvres complètes garnissent les étagères de ce bel endroit).  « When will France have its Barack Obama? » a-t-on demandé à plusieurs intellectuels, français et américains, parmi lesquels Pap N’Diaye et Benjamin Stora. Le débat avait lieu le 2 novembre, quelques jours avant l’élection, et bien peu alors auraient parié sur une victoire de Trump. Au contraire, après l’arrivée d’un noir à la présidence, l’Amérique semblait mûre pour y envoyer une femme, certes blanches, certes riche, mais une femme. Des débats, il ressortait que la France avait du chemin à faire pour élire un jour à la tête de l’Etat un représentant des « minorités visibles » (ou une femme). Ce qui était déjà un progrès, estimait cependant Pap N’Diaye, c’est qu’une prise de conscience du problème se faisait jour, que l’élection d’un homme blanc comme président commençait à ne plus faire figure d’évidence indiscutée. Vous pouvez retrouver l’intégralité de ce débat à cette adresse :

https://livestream.com/frenchembassy/France-Obama

albertine-2-nov-2016

J’ajoute ma contribution au débat en postant ici le petit texte que je viens d’écrire, sur un thème connexe, pour la revue du Centre Beaubourg, à paraître dans une prochaine livraison.

Le voici dans son intégralité :

laurent-martin-diversite-culturelle-2016

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Mais, comme la fois précédente, je vous engage à rire plutôt que de pleurer de la situation présente. Je sais que c’est dur mais, pour y parvenir, vous pouvez toujours regarder le Daily Show, sur Comedy Central, animé par le talentueux Trevor Noah, lequel y a succédé au non moins talentueux Jon Stewart. Tapez ces noms sur votre navigateur préféré et préparez-vous à rire de bon coeur et à réfléchir, les deux n’étant pas incompatibles. Voilà au moins une promesse que l’arrivée de Trump à la Maison blanche ne décevra sans doute pas : celle de donner aux satiristes comme à ceux qui les regardent quatre ans de franche rigolade.

LM

 

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