Bonne année 2017!

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(conception graphique : Audrey Collomb)

Bonjour!

J’espère que vous avez passé de bonnes fêtes de Noël et que vous vous préparez à en passer d’aussi bonnes de fin / nouvelle année.

Cet entre-fêtes qu’est la dernière semaine de décembre est généralement l’heure des bilans, avant celle des bonnes résolutions. Je ne sais si c’est affaire de tempérament, mais 2016 ne me semble pas devoir rester dans les annales comme une année particulièrement réussie. Les attentats au camion-bélier à Nice et à Berlin, les habitants d’Alep écrasés par les bombes ou le choeur de l’armée rouge disparu en mer Noire, choisissez votre drame, il y en a eu pour tout le monde. Séjour new-yorkais oblige, l’élection de Donald Trump en novembre, confirmée par les grands électeurs en décembre, m’a particulièrement marqué, comme des millions de gens de par le monde. Une élection lourde de menaces pour l’équilibre du monde, les droits de l’homme, l’environnement. Ce climato-sceptique non repenti a certainement une explication rationnelle à la fonte des glaces et aux températures records enregistrées cette année en Arctique.

La mort toute récente du pas-si-vieux George Michael, l’une des idoles de ma jeunesse (ma fille n’en revient pas que j’aie pu être un jour aussi jeune qu’elle), celles de Leonard Cohen et de David Bowie, un peu plus tôt, ont aussi endeuillé cette année. Qu’est-ce que j’ai pu écouter (et chanter, oui, j’avoue tout!) « Freedom », du premier!!

« All we have to do now
Is take these lies and make them true somehow
All we have to see
Is that I don’t belong to you
And you don’t belong to me »…

Yeah yeah!

Pour les plus jeunes qui ne la connaîtraient pas, ou les plus vieux, qui l’auraient oubliée :

 

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Côté tristesse perso, j’ajouterai la mort, au début de ce mois, de Marcel Gotlib, l’immense dessinateur et scénariste des Dingodossiers et de la RAB, le fondateur de Fluide Glacial et de L’Echo des savanes, le père de Superdupont et de Gai-Luron, entre autres personnages impérissables de l’histoire de la bande dessinée. L’élève Chaprot est orphelin, à c’t’heure, et Newton ne tourne plus rond…

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Gotlib était le champion toutes catégories de la parodie, comme le rappellent ces quelques vignettes :

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On se sent déjà mieux, non? C’est le super-pouvoir des musiciens, des poètes et des humoristes : nous faire danser ou rêver ou rire longtemps (ou pas) après qu’ils ont disparu…

Je place ici un petit texte que j’avais commis pour le catalogue Gotlib co-édité par Dargaud et le Musée d’art et d’histoire du judaïsme à l’occasion de l’expo qui avait été consacrée au Maître voici deux ans.

Le voici, en édition collector, avec les dernières corrections visibles :

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Gotlib qui se défendait d’avoir jamais été visionnaire – « d’ailleurs, je suis myope », disait-il – comment aurait-il vu 2017? En noir, en rose? Un peu des deux, rose sale, noir rosé? En tout cas, il va nous manquer, le Marcel, c’est certain. On lui souhaite une bonne éternité.

Et à vous tous, une meilleure année 2017 que ne le fut 2016. Ce sera pas trop difficile, allez…

Aujourd’hui, c’est fête : je claque la bise aux dames, je serre la main aux messieurs!

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Ah oui, j’oubliais : les bonnes résolutions. Mince… Ah… Qu’est-ce que j’ai dit là, moi… Mieux fait de me taire… Flûte de Zut…

Bon, ben je promets d’être plus régulier dans la tenue du blog. Elle tiendra bien une semaine, ma bonne résolution!

LM

Le Canard enchaîné, la presse satirique et la censure…

Bonjour,

heureux de retrouver ce blog et ses lecteurs innombrables, honteusement délaissés la semaine dernière (c’est dur de tenir un rythme hebdomadaire!). J’entame déjà ma dernière semaine à New York, le temps a filé comme une flèche (vers quel but? Hélas, on ne le sait que trop…).

Cette semaine, je ne vais pas vous parler de Trump – ça va nous reposer – ni même de New-York ou des Etats-Unis. Je vais vous parler d’une réalité bien française : Le Canard enchaîné. Je donnais en effet mercredi dernier une conférence sur l’histoire du journal à la Maison française de l’université de New York.

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Le Canard avait été le sujet (ou l’objet, on ne sait jamais comment dire) de ma thèse, publiée d’abord chez Flammarion en 2001 avant de l’être, sous une forme un peu différente, chez Nouveau Monde éditions, en 2005. Autant dire que c’est de l’histoire assez ancienne pour moi… Mais dans laquelle je me suis replongé cette année, à l’occasion du travail auquel j’ai collaboré pour la publication d’une anthologie couvrant l’histoire du journal depuis sa naissance jusqu’à nos jours.

Le Canard fête en effet son centenaire cette année. Il aurait pu le fêter déjà l’année dernière puisqu’il a été fondé le 10 septembre 1915 par Maurice Maréchal et Henri-Paul Deyvaux-Gassier (dit « Gassier », plus simple en effet). Mais après une première tentative qui dure quelques numéros, le journal s’arrête. Il redémarre en juillet 1916, pour ne plus s’arrêter jusqu’à nos jours, sauf pendant les quatre années de l’Occupation.

Le titre est choisi par dérision envers la presse dite « sérieuse » et en référence à la censure qui sévissait alors. Le rédacteur Maréchal et le dessinateur Gassier entendent lutter contre la propagande belliciste (ce qu’on appelait alors le « bourrage de crânes ») et rompre avec les pratiques qui déshonorent la presse française. Très vite, le journal se signale par son ton ironique et mordant, l’abondance de ses dessins, l’absence de publicité. Dans l’entre-deux-guerres, Le Canard est pacifiste, anticlérical, antiploutocrate et flirte avec l’antiparlementarisme. Son pacifisme intégral le paralyse devant la guerre d’Espagne ou la montée du nazisme, quoique regardant avec sympathie du côté du parti communiste. En juin 1940, après l’invasion de la France par les troupes allemandes, Maurice Maréchal saborde son journal (le dernier numéro est daté du 6 juin) et quitte Paris pour le sud de la France. Il meurt en 1942. L’équipe s’est dispersée, le journal ne reparaîtra pas de toute la guerre malgré les pressions allemandes sur Jeanne Maréchal, la veuve du fondateur du journal.

Le premier numéro de l’après-guerre paraît le 6 septembre 1944. Il est composé par les anciens du journal, auxquels viendront s’adjoindre quelques nouveaux. Pierre Bénard puis Ernest Raynaud (dit Tréno) assument la rédaction en chef sous la direction de Jeanne Maréchal. Le redémarrage du journal est un franc succès puis la tendance s’inverse. L’anticonformisme du journal ne passe pas à l’époque de la guerre froide, moment de bipolarisation extrême de la vie politique française. Le Canard enchaîné est alors en grand danger de disparaître et des propositions de rachat sont faites que Jeanne Maréchal repousse.

Les lecteurs reviennent du fait des guerres de décolonisation qui poussent vers l’hebdomadaire satirique un public avide d’informations et de commentaires anticonformistes. Sous l’impulsion d’une nouvelle génération de journalistes, le journal prend le tournant de l’information exclusive, confidentielle, en provenance de milieux qui lui étaient jusque-là fermés (armée, partis politiques de droite). Le journal adopte une position d’opposant résolu à la politique menée par les dirigeants de la Ve République, en particulier le général de Gaulle, et “ sort ” un grand nombre d’enquêtes retentissantes dans les années 1960 et 1970.

Après la mort de Jeanne Maréchal, en 1967, suivie de celle de Tréno deux ans plus tard, c’est Roger Fressoz qui prend la direction du journal. Le capital a été redistribué de manière à rendre les collaborateurs du Canard propriétaires de leur journal. Les lecteurs suivent, en masse, cette évolution. Le tirage atteint un pic historique en 1981 avec 730 000 exemplaires tirés en moyenne hebdomadaire. Les années qui suivent sont moins brillantes. Le journal perd au début des années 1980 un grand nombre de lecteurs, certains l’accusant de complaisance avec le pouvoir socialiste, d’autres d’une excessive sévérité.

En dépit des critiques et de quelques procès (le plus souvent gagnés), Le Canard enchaîné poursuit son chemin, sous la conduite de son nouveau directeur (depuis 1992), Michel Gaillard. “ Garde-fou de la République ”, comme le désignait son défunt directeur Roger Fressoz, le Canard, journal unique au monde, continue d’exercer en France, à sa manière souriante et parfois grinçante, un véritable magistère moral.

Ce texte est, à peu de choses près, celui que j’avais donné pour le volume 2015 des Commémorations nationales (oui, le Canard est une institution nationale et je dirais même un « lieu de mémoire » que Pierre Nora aurait pu inclure dans le premier tome de sa fameuse trilogie, celui sur la République).  J’ajoute la présentation powerpoint de ma conférence, sans texte mais avec des photographies et des dessins :

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J’y présente notamment l’anthologie qui vient de paraître aux éditions du Seuil et à laquelle j’ai contribué par la sélection des documents et leur présentation historique. Douze mois d’efforts pour cent ans d’articles et de dessins du Canard, l’année fut rude mais passionnante. Merci et bravo à l’équipe du Canard et à celle du Seuil (en particulier Bernard Comment et Claire Le Cam).

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La conférence est passée… mais d’autres événements autour du Canard se préparent. En particulier, une journée d’étude à la Bibliothèque nationale de France, le 14 décembre prochain, sur l’hebdomadaire satirique et, plus largement, sur la presse satirique. En voici le programme, que vous pouvez retrouver sur le site de la BNF :

http://www.bnf.fr/fr/evenements_et_culture/auditoriums/f.100ans_canard_enchaine.html?seance=1223925354494

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Il y sera question du Canard, bien sûr, mais aussi de Charlie-Hebdo, de la presse satirique et du dessin de presse, des rapports entre presse et pouvoirs, de la censure…

A propos de censure, je m’avise que je n’avais pas encore présenté un autre livre, également paru cette année, qui traite de cette question. Voici deux ans, j’avais pris l’initiative de réunir plusieurs dizaines de spécialistes français et étrangers à Paris pour un colloque sur l’histoire et la censure dans le monde du XIXe siècle à nos jours. Les actes en sont parus aux Presses universitaires de Rennes au début de cette année.

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Voici le texte de présentation de ce volume :

Pour qui s’intéresse aux rapports entre culture et politique dans l’histoire comme au présent, la censure est un objet de choix. En nul autre lieu de la vie en société l’antagonisme n’est plus frontal entre le vouloir dire et le pouvoir d’interdire. La censure est l’une des manifestations par excellence de l’exercice du Pouvoir, une de ses dimensions constitutives.

Cet ouvrage, fruit d’un colloque international organisé à Paris en 2014, adopte une vision très large des phénomènes censoriaux tout en s’interrogeant sur les distinctions nécessaires qu’il convient d’opérer entre eux. Il tâche de répondre à des questions simples en apparence mais en réalité redoutables. Pourquoi censure-t-on ? (étude des discours de justification de la censure, des motifs de censurer, politiques, religieux, moraux, etc.) ; qui censure et comment ? (étude des pratiques, des dispositifs de la censure, de ses acteurs et appareils, en somme du fonctionnement concret de la machine censoriale) ; enfin, que fait la censure, mais aussi que fait-on avec et contre la censure ? (étude des effets et des réactions individuelles et collectives que suscite la censure, conduites et tactiques d’évitement, de contournement, d’affrontement, les ruses et la provocation, sans oublier l’autocensure…).

Cet ouvrage se caractérise par la volonté d’offrir des synthèses sur la censure dans d’autres pays que la France (tous les continents ou presque sont représentés), sur d’autres siècles que le vingtième (les sujets traités s’échelonnent du XIXe siècle à nos jours), une ouverture géographique et chronologique mais aussi disciplinaire, avec des contributions d’historiens, de juristes, de civilisationnistes, de politistes, d’anthropologues, de spécialistes venus des études de journalisme et d’information-communication, ainsi que des études littéraires, théâtrales et cinématographiques. Au total, une somme inégalée et qui fera date.

Certains penseront peut-être : que d’auto-promotion! Entre la conférence, l’anthologie et maintenant le livre sur la censure…  Mais ce blog a aussi cette fonction de communication autour de mon travail. Personne n’est obligé d’acheter et j’ai la faiblesse de penser que ce que je fais peut intéresser d’autres que moi. Merci de ne pas m’ôter mes dernières illusions…

Je vous souhaite une excellente semaine.

LM