Populisme et autres gros maux

Bonjour,

pas trouvé le temps depuis mon dernier post de m’intéresser au programme culturel de François Fillon. J’avoue avoir un peu temporisé, m’interrogeant – comme beaucoup – sur la survie politique du candidat empêtré dans ses histoires d’argent et de famille. Tiendra-t-il, lâchera-t-il? Il a tenu et semble avoir pour le moment fait taire ses opposants qui, à droite et au centre, réclamaient son retrait sinon au nom de la morale ou de la décence, du moins au nom de l’efficacité électorale… En l’absence de plan B ou J, l’ensablé de la Sarthe continue sa campagne. L’avenir dira cette décision relevait de la détermination inspirée (en cas de succès à l’élection présidentielle) ou de l’obstination imbécile (en cas d’échec).

Il n’a échappé à personne, en tout cas, que le candidat traqué par la justice, acculé par les médias, lâché par ses « amis » politiques avait, ces dernières semaines, pris des accents populistes pour s’adresser à ses partisans, invoquant le peuple contre les juges et les médias, la rue contre les institutions et les partis politiques. La comparaison avec des exemples étrangers, en particulier Donald Trump aux Etats-Unis, n’a pas manqué d’être faite, notamment avec cette propension à invoquer des « faits alternatifs » quand les faits… réels ne vont pas dans le sens de son intérêt. Dernier exemple en date : lorsque François Fillon a fustigé la façon dont les médias auraient propagé la rumeur du suicide de l’ineffable Pénélope… Une fausse information, donc, et d’autant plus que jamais aucun média, sinon les tweets de ses soutiens, n’a propagé une telle rumeur…

Ces accents populistes, que l’on retrouverait chez d’autres candidats, en particulier Marine Le Pen, m’amènent à attirer votre attention sur une journée d’étude organisée prochainement par l’Association pour le développement de l’histoire culturelle sur l’histoire des populismes. Après-midi plus que journée, d’ailleurs, puisque la manifestation aura lieu de 14 à 18h à la Maison de l’Amérique latine, à Paris, le vendredi 31 mars.

En voici le programme :

Flyer ADHC 31 mars Populismes

Que je reprends ici :

Les populismes : une histoire culturelle et politique  (XIXe-XXIe siècles)

Vendredi 31 mars 2017, 14h-18h

Organisé par l’Association pour le Développement de l’Histoire Culturelle (ADHC) en collaboration avec l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine (IHEAL)

Maison de l’Amérique latine, 217 boulevard Saint Germain 75007 Paris

 

14h : Pascal Ory (PR Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, président de l’ADHC), « Une hypothèse historique sur les origines et les avatars du populisme »

Pascal Ory est professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne (Paris 1). Il a publié en 2016 Ce que dit Charlie. Treize leçons d’histoire (Gallimard) et publiera cette année Vox Populi. Populisme, radicalité, catastrophe (Gallimard).

14h30 : Olivier Compagnon (PR Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle), « Le populisme en son terreau latino-américain »

Olivier Compagnon a récemment codirigé, avec Diogo Cunha, Les intellectuels et le politique au Brésil. XIXe-XXe siècles (Limoges, Lambert-Lucas, 2016).

15h : Paula Diehl (Université de Bielefeld/ Professeur invité à l’EHESS) : « Populisme de droite et médias de masse »

Paula DIEHL a notamment écrit Das Symbolische, das Imaginäre und die Demokratie : eine Theorie politischer Repräsentation (Baden-Baden, Nomos, 2015).

 

16h : Table ronde : Réflexions pluridisciplinaires sur le populisme d’hier à aujourd’hui

Modération : Jean-Yves Mollier (Université Versailles Saint-Quentin en Yvelines)

Jean-Yves MOLLIER, cofondateur et ancien directeur du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (1998-2005), notamment publié Édition, presse et pouvoir en France au XX e siècle (Fayard, 2008), Une autre histoire de l’édition française (La fabrique éditions, 2015).

Jeanyves Guérin (PR émérite, Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle)

Jeanyves GUÉRIN, spécialiste d’Audiberti et de Camus, a publié plusieurs ouvrages sur les rapports entre littérature et société dont en                 2016 : Les listes noires de 1944. Pour une histoire littéraire de l’Occupation (Presses de la Sorbonne Nouvelle)

Sandra Laugier (PR Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Sandra LAUGIER, Spécialiste de philosophie du langage ordinaire (Wittgenstein), a développé le concept d’ordinaire en éthique (éthique du care), cultures populaires, et particulièrement ces dernières années dans le domaine politique : désobéissance et démocratie radicale. Parmi les ouvrages récents, Le principe démocratie (La Découverte, 2014), Etica e Politica l’ordinario (LED, 2015).

17h : Pot de clôture

Contact et informations : Evelyne Cohen, secrétaire de l’ADHC : evelyne.cohen@wanadoo.fr

 

Je terminerai ce post par quelques mots sur l’actualité universitaire, hélas tout aussi préoccupante que l’actualité politique. Comme un certain nombre de collègues et d’étudiants, j’ai pris position contre le projet de fusion des universités Paris 3, 5 et 7, un projet qui me semble extrêmement contestable tant dans ses finalités que dans ses modalités. Je manque de temps – comme toujours – pour présenter ici correctement ce projet porté par la présidence de mon université ainsi que ce qu’on peut lui reprocher. En attendant de trouver ce temps, je mets sous les yeux des lecteurs de ce post un texte que j’aurais dû publier il y a déjà plusieurs semaines et qui me semble éclairer la situation présente dans son ensemble. Ce texte et ce sujet ne sont pas sans lien avec les thèmes du populisme et de la campagne électorale évoqués précédemment. Le désintérêt d’une bonne partie de nos responsables politiques, lui-même reflet ou traduction du désintérêt de la plupart de nos concitoyens pour l’enseignement supérieur et la recherche, me semble pour partie relever du même aveuglement et du même ressentiment irrationnel que partagent bon nombre des partisans des candidats « populistes ». Si la société s’entend pour sacrifier ce qui construit l’avenir de ses enfants, si les humanités et les sciences sociales ne peuvent plus trouver place dans la société et l’Université de demain, alors nous sommes très mal partis pour maintenir dans ce pays, et au-delà, cet idéal civilisationnel qui a été celui de l’Humanisme, des Lumières et de la Révolution des droits de l’homme.

Voici le texte de la tribune publiée dans Le Monde du 27/02/2017 :

Dans la campagne présidentielle, alors que les candidats et l’essentiel des programmes et des orientations sont désormais connus, un constat s’impose : la formation supérieure et la recherche ne sont, comme aiment à le dire certains politiques, « pas un sujet ».

Certes, il en est un peu question dans les programmes et, par ailleurs, avec le débat sur la suppression ou le maintien du nombre actuel de fonctionnaires, les universitaires font bien partie du lot. Mais c’est à peu près tout, dans les propos les plus audibles et les plus répétés des candidats. Et c’est bien peu. Et au fond, ce n’est rien.

L’avenir de la France et de l’Europe ? L’enseignement supérieur et la recherche, où se jouent à la fois la découverte du monde et l’innovation avec les sciences exactes, le travail rigoureux des sciences humaines pour comprendre la société, la vie psychique, la langue, et la formation intellectuelle des jeunes générations, n’aurait donc rien à voir avec cet avenir ?

Depuis de trop longues années maintenant, l’université souffre de n’être pas placée au cœur du débat et parmi les enjeux essentiels. Le résultat est qu’elle se trouve soit oubliée des responsables politiques, soit l’objet, d’un coup, de réformes bâclées dont les conséquences sont calamiteuses.

Lorsqu’un premier ministre déclare que les « explications » des chercheurs sont des « excuses », il ne fait pas que lancer un propos correspondant à une lubie personnelle. Il formule tranquillement l’avis d’une grande part de la classe politique, avis qui se traduit très clairement dans cet oubli systématique de vraies propositions sur l’avenir de notre université.

Les problèmes à résoudre ne manquent pas pourtant. Depuis la baisse du budget de la formation supérieure et de la recherche jusqu’à l’organisation des futures universités, en chemin forcé aujourd’hui vers des fusions hâtives, dignes souvent du monde d’Ubu, qui induisent la multiplication insensée des tâches administratives et autres évaluations imposées aux chercheurs et dévorent le temps qu’ils devraient consacrer à la recherche.

Au reste, on peut juger du peu de cas qui est fait de l’université à une donnée de fait révélatrice : la baisse constante du niveau de vie des enseignants-chercheurs, dont les salaires, après un cursus aussi long et sélectif que celui menant à un poste universitaire, laissent interloqués beaucoup de nos collègues étrangers – par exemple, les universitaires français gagnent moitié moins que les juges administratifs.

Sur toutes ces questions, il faut prendre le temps de donner des détails, et sur certains sujets des chiffres. Examinons l’évolution du budget total consacré aux formations du supérieur et à la recherche universitaire, qui regroupe l’ensemble des moyens consacrés aux universités et aux divers instituts et écoles (quel que soit leur ministère de rattachement), comparé à l’évolution du nombre total d’étudiants, en 2007, 2012 et 2016.

Que constate-t-on ? De 2007 à 2012, alors que le gouvernement claironnait un prétendu choix de faire de l’université une priorité, le budget a effectivement augmenté en termes réels – en sus de l’inflation – de 7,25 % (de 10,654 milliards d’euros à 12,778 milliards, avec une inflation cumulée à 8,7 % sur la période).

Mais, comme dans le même temps, le nombre d’étudiants augmentait de 7,13 % (de 2 228 000 à 2 387 000), l’opération a été littéralement blanche. Dans ces conditions, parler de moyens supplémentaires alloués à l’université, pour la formation des étudiants, les doctorants, la recherche, était un mensonge.

De 2012 à 2016, loin de s’améliorer, la situation s’est dégradée. Dans cette période, l’augmentation du budget est nulle en termes réels (elle suit simplement l’inflation : de 12,778 à 13 milliards, avec une inflation cumulée à 1,91 %), tandis que le nombre d’étudiants augmente à nouveau de 8,50 % (de 2 387 000 à 2 590 000 à la rentrée 2016).

Sur l’ensemble de la période (2007-2016), le budget augmente donc de 8,8 % en termes réels, tandis que le nombre d’étudiants, lui, augmente de 16,24 %. C’est ainsi à une dégradation des conditions de la recherche et de l’enseignement que nous assistons, bien loin des programmes et des déclarations d’intention, dans la réalité des politiques menées. Il faut cesser de prendre les citoyens, les enseignants et les étudiants pour des imbéciles.

Les universitaires pourtant, on peut le constater, sont inaudibles dans le débat public. On leur impose des réformes mal pensées, des coupes budgétaires là où il faudrait maintenir des budgets, on leur donne parfois beaucoup d’argent mais dans l’impératif de le dépenser pour des projets plus ou moins absurdes, décidés par des conseillers ministériels qui n’ont jamais fait l’effort de penser vraiment ce que pourrait être l’université de demain.

Les universitaires protestent. Et les voilà qui passent pour des mécontents perpétuels, de petits privilégiés arc-boutés sur leur position avantageuse. Quelle ironie ! Alors que l’immense majorité des chercheurs ne comptent jamais leurs heures de travail, ou quand à l’occasion ils les comptent, se disent qu’ils devraient de temps en temps s’accorder un week-end sans travailler, alors que la recherche française, dans tous les domaines, est si active.

Avec la dégradation insidieuse des conditions de l’enseignement supérieur et de la recherche, il ne s’agit pourtant pas que des universitaires, mais bien de l’avenir du pays. La recherche, sa vitalité, les moyens qui lui sont donnés, engagent en effet l’avenir sur le long terme, un long terme que les responsables politiques ont si souvent du mal à prendre en compte.

Souvenons-nous également que l’université est le lieu de formation de l’ensemble des enseignants, du primaire et du secondaire aussi bien, et qu’en conséquence, une diminution des moyens de l’université équivaut de facto à une baisse de la qualité des formations pour tous les enseignants appelés à leur tour à former les nouvelles générations. Et souvenons-nous enfin que le chômage, dans une époque où il est un problème de société si aigu, touche très majoritairement une jeunesse non ou peu diplômée, tandis que par exemple les étudiants titulaires d’un master trouvent très largement un emploi.

L’indifférence de la classe politique vis-à-vis de l’université et de la recherche, la façon dont les demandes des universitaires sont parfois livrées à la vindicte publique, pour des raisons démagogiques, relèvent d’une absence de vision qui est en réalité d’une grande irresponsabilité. La question de l’enseignement et de la recherche est celle de toute une société. Il serait temps que les politiques s’en rendent compte. Et cessent d’afficher le mot « avenir » comme un chiffon médiatique, pour penser effectivement l’avenir. L’université est au cœur de cette pensée.

 

Les premiers signataires de ce texte sont : Ariane Abrieu (Directrice de Recherche, CNRS), Fethi Benslama (Professeur, université Paris-Diderot), Guillaume Bossis (Chargé de recherche, CNRS), Michel Broué (Professeur, université Paris-Diderot, Institut universitaire de France), Laurence Campa (Professeur, université Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense), Marc Cerisuelo (Professeur, université Paris Est-Marne-la-Vallée), Claire Chazaud (Directrice de recherche, INSERM), Catherine Coquio (Professeur, université Paris-Diderot), Gilles Courtois (Directeur de recherche, CNRS, Institut de mathématiques de Jussieu-Paris-Rive-Gauche), Maxime Decout (Maître de conférences, université Lille-3), Solange Desagher (Chargée de recherche, CNRS, université de Montpellier), Alexandre Gefen (CNRS, université Paris-Sorbonne), Aurélie Foglia (Maître de conférences, université Paris-III-Sorbonne Nouvelle), Sylvain Ledda (Professeur, université de Rouen), Patrick Lemaire (Directeur de recherche, CNRS), Christine Marcandier (Maître de Conférences, université d’Aix-Marseille), Éric Marty (Professeur, université Paris-Diderot, Institut universitaire de France), Hélène Merlin-Kajman (Professeur, université Paris 3-Sorbonne-Nouvelle), Florence Naugrette (Professeur, université Paris-Sorbonne), Marie Parmentier (Maître de conférences, université de Poitiers), Thomas Piketty (Directeur d’étude, Ehess, PSE), Dominique Rabaté (Professeur, université Paris-Diderot, Institut universitaire de France), David Rabouin (Chargé de recherche, CNRS), Nicolas Soler (Maître de conférences, université de Lorraine), Claire Voisin (Professeur, Collège de France, Institut de mathématiques de Jussieu-Paris-Rive-Gauche), Bernard Vouilloux (Professeur, université Paris-Sorbonne), Pierre Zaoui (Maître de conférences, université Paris-Diderot), Laurent Zimmermann (Maître de conférences, université Paris-Diderot).

 

Pétition adressée à : François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon.

 

LM.

 

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