Caricatures politiques

Bonjour,

nous voici donc à quelques jours d’un scrutin décisif pour l’avenir de la France, de l’Europe – et, pour ceux qui croient encore que ce pays entretient un rapport particulier à l’universel, ce qui est mon  cas – du monde. Dans moins d’une semaine, nous élirons le prochain président de la République, ou la première présidente de son histoire. Au terme d’une campagne présidentielle auprès de laquelle les scénarios imaginés par les showrunners de House of Cards ou de Borgen apparaissent presque fadasses, voici donc face à face Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les deux outsiders que tous les sondages – cela a été remarqué – ont constamment placés en tête des enquêtes d’opinion depuis des mois.

(dessin d’Alex, publié dans Courrier international 23 février 2017)

Pour moi qui assistais en direct, voici quelques mois, à la victoire surprise de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, je ne peux pas me défendre d’une désagréable impression de déjà-vu, même si les sexes sont ici inversés dans la distribution des rôles : un candidat de centre-gauche assimilé par son adversaire, mais aussi par une partie significative de l’opinion, aux grands intérêts financiers, une candidate de droite extrême voire d’extrême-droite – le terme fait débat – qui ne possède aucune expérience de gouvernement et a multiplié les promesses démagogiques en se prétendant la représentante du « peuple » contre les « élites ».

Les similitudes ne s’arrêtent pas là. Ce qui frappe également, c’est la grande violence dans le ton, la déshumanisation de l’adversaire, l’insulte qui vole bas et la caricature qui cogne fort. Ceux qui ont lu le post datant du 6 novembre 2016 se souviennent des dessins qui dégradaient Donald Trump mais surtout Hillary Clinton, dont le portrait figurait sur des stickers que les plus acharnés de ses détracteurs collaient au fond de leurs w-c… La scatologie est l’un des grands ressorts de la caricature et Marine Le Pen en est parfois victime, comme le montrent ces deux dessins littéralement nauséabonds, publiés, pour le premier, par Charlie-Hebdo, le second par Anti-K (un site d’extrême-gauche anticapitaliste) :

 

De son côté, Macron est souvent caricaturé en banquier, selon un code graphique qui remonte au XIXe siècle, comme on le voit sur ces dessins tirés du Nouvel Observateur et du Monde :

Historiquement, l’anti-ploutocratisme, qui se porte aussi bien à gauche qu’à droite, a souvent croisé le chemin de l’antisémitisme et la polémique surgie avant le premier tour à la suite de la publication sur Tweeter d’une caricature anti-Macron par Xav, un dessinateur « officiel » des Républicains,  est à cet égard significative.

On peut trouver sur le net des dessins encore plus explicites, comme celui-ci, cité par la Ligue de défense juive, sur le thème séculaire de la Banque Rothschild,  qui a employé Emmanuel Macron entre 2010 et 2012 (publié originellement à l’adresse suivante :

Douce France – Macron et ses Maitres de la City : Suivez les conseils de David Rothschild , votez Macron, mieux, aidez le en toute discrétion…

Ce que montrent ces dessins, outre la persistance de motifs et de représentations qui puisent dans un imaginaire très ancien, c’est qu’une élection telle que l’élection présidentielle française, où la dimension « incarnative » est essentielle, fait certes appel à la raison des électeurs mais surtout à leurs émotions, à leurs peurs, à leurs réflexes d’adhésion ou de détestation. Et malgré tous mes efforts pour réfléchir, refroidir, mettre en perspective et à distance ce qui vient, je ne réagis pas différemment du reste de la population. Moi aussi, je réagis avec mes tripes autant sinon plus qu’avec mon cerveau. Mon cerveau peut bien se montrer sceptique devant le programme (ou l’absence de programme) d’Emmanuel Macron en matière économique mais aussi culturelle, sociale, internationale ; mes tripes me disent que l’arrivée au pouvoir d’une Marine Le Pen serait une catastrophe pour le pays, pas seulement pour ses élites (dont, sociologiquement, je fais sans doute partie, sans en éprouver de honte ni de fierté particulières) mais aussi pour ses plus pauvres, ses plus fragiles, qui ressentiraient très vite ce qu’il en coûte de suivre les bonimenteurs.

Vous l’aurez compris : pour moi, le 7 mai, ce ne sera pas le ni-ni.

Allez voter!

LM

 

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