Retour d’Argentine

Bonjour,

j’étais la semaine dernière en Argentine dans le cadre d’une mission pour l’université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, en compagnie de mon collègue et néanmoins ami Bruno Nassim Aboudrar.

Nous sommes partis à Buenos-Aires pour rencontrer des collègues de l’université UNA (Universidad Nacional de las Artes) avec qui nous espérons monter une formation commune au niveau master. Nous en avons profité pour présenter nos travaux au 2e congrès international des arts organisé par UNA et d’autres universités et écoles d’art d’Argentine. Un congrès ouvert par Mme la Rectrice, debout comme tous les participants pour l’hymne national qu’ils entonnèrent à pleins poumons… Quasi impensable en France!

De même qu’il serait difficilement concevable en France qu’un congrès universitaire soit entrecoupé d’interventions artistiques, comme cette performance préparée par des étudiants de l’université.

L’accueil des collègues argentins fut des plus chaleureux et nous sommes très optimistes quant aux possibilités de créer cette formation et d’instaurer un partenariat durable entre nos universités et nos pays. Affaire à suivre, donc…

Nous en avons bien sûr profité pour découvrir Buenos-Aires, ville très européenne, regardant du côté de Madrid, mais aussi de Paris – ses édiles ne prétendaient-ils pas en faire le « Paris de l’hémisphère Sud »? Une ville surgie du néant et nourrie de l’immigration européenne, surtout espagnole, basque, italienne. Troublant, cet air de familiarité qui saisit le promeneur européen qui en oublierait presque le décalage horaire et l’inversion des calendriers – c’est l’automne à Paris, le printemps là-bas…

Nos pas nous ont conduits à la Place de Mai, dans le centre de la ville, fameuse notamment pour les mères des disparus de la dictature militaire qui y défilaient pour réclamer des nouvelles de leurs proches. Au pied de la statue du général Belgrano, des inscriptions rappellent les assassinats commis pendant cette période noire de l’histoire argentine, et des représentations des châles blancs des mères éplorées sont peintes à même le sol…  Plaza de Mayo est le lieu de toutes les protestations sociales et politiques : nous y étions quand une manifestation de syndicats de paysans pauvres, souvent descendants d’indiens, s’y déroulait pour protester contre leurs conditions de vie, de travail et de rémunération. Depuis août et la disparition d’un militant de gauche, Santiago Maldonado, qui luttait aux côtés des paysans et indiens Mapuche contre l’emprise de grandes sociétés étrangères sur la terre, la situation est tendue dans le pays. Un militant de gauche qui disparaît corps et bien, cela rappelle de bien mauvais souvenirs en Argentine…

Buenos-Aires, c’est aussi la ville des peintures murales, graffitis politiques et/ou artistiques, surgis pour beaucoup à la suite de la crise économique et sociale de 2001. D’abord interdits puis tolérés, ils sont aujourd’hui presque encouragés par une municipalité qui y voit un atout touristique en même temps qu’un défoulement sans risques pour une population toujours malmenée par le néo-libéralisme. Dans le quartier de la Boca, en particulier, quartier populaire au sud-est de la ville où les taudis voisinent avec les entrepôts, les murs portent la trace des espoirs et des luttes de la population. On voit des enfants jouer parmi les ordures et les carcasses de voitures, des graffitis appeler à la révolution mais aussi des cars de touristes circuler dans ce qui est officiellement devenu le « district des arts », distrito de las artes, de Buenos-Aires. Un bon exemple de récupération-neutralisation d’un art populaire et politique à la fois.

J’essaierai d’écrire sur ce sujet dans un prochain numéro de la revue HEY! J’avais indiqué, dans un post récent, que cette revue française remarquable, entre modern art et pop culture, recourait au financement participatif sur kickstarter pour ses prochains numéros. Cet appel est toujours d’actualité, et je le relaie de nouveau ici :

Voir aussi :

http://mailchi.mp/78f3ab8770fa/hey-newsletter-june-2489965?e=5fc19022f1

Il reste 11 jours, on approche le montant demandé, encore un effort, on y est presque!

LM

Une réflexion sur « Retour d’Argentine »

  1. Je comprends les impressions et je les partage.
    J’espère que ce partenariat verra le jour. Les deux nations le méritent !
    Ravie de vous avoir rencontré et d’avoir aidé à la communication entre les deux pays.
    Très cordialement,

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