Archives pour la catégorie 2017/2018

Thèses en soutenance

Bonjour,

lundi 11 juin et jeudi 21 juin auront lieu deux soutenances de thèses qui me touchent de près puisque j’ai dirigé les travaux des deux doctorants qui en sont les auteurs.

Lundi 11 juin, c’est Jessica Kohn qui soutiendra sa thèse intitulée :

« Travailler dans les Petits Mickeys » : les dessinateurs-illustrateurs en France et en Belgique de 1945 à 1968

Elle aura lieu en salle Athena à la Maison de la Recherche de Paris III, 4 rue des Irlandais (75005), à partir de 13h et sera défendue devant un jury composé de
Jean-Paul Gabilliet (co-directeur de la thèse)
Philippe Kaenel
Laurent Martin
Emmanuelle Picard
Marie-Ève Thérenty

Sylvain Venayre

Abstract

« Ce travail s’attache à étudier la profession de dessinateur-illustrateur en France et en Belgique francophone de 1945 à 1968. La profession a longtemps été étudiée sous le seul prisme de la bande dessinée ou du dessin de presse politique. Grâce à une approche prosopographique et à l’étude de 400 trajectoires professionnelles, nous montrons que le métier de dessinateur est polyvalent dans les années 1950 et 1960, touchant autant à l’illustration qu’au dessin politique ou à la bande dessinée. Les dessinateurs sont dépendants du marché et multiplient les lieux de publication comme les pratiques graphiques, en particulier au sein des illustrés. Nous avons privilégié ce support pour appréhender la pratique professionnelle des dessinateurs du corpus.
La polyvalence des dessinateurs et leur dépendance vis-à-vis du marché a des conséquences directes sur la manière dont ils construisent et définissent leur métier, en termes d’auto-représentation, de sociabilités comme de revendications. Le statut de journaliste devient un point d’ancrage pour nombre d’entre eux, apparaissant comme le meilleur moyen de bénéficier des acquis sociaux qui concernent la société salariale de la France et la Belgique des Trente Glorieuses. Dans le même temps, certains aspirent malgré tout au statut d’indépendant.
Les dessinateurs endossent également leur rôle de journalistes dans leurs productions graphiques : leur travail pour la presse et les ouvrages à grand tirage fait d’eux des observateurs visuels de la société des Trente Glorieuses, dont ils transmettent les valeurs, les innovations et les questionnements. C’est dans ce contexte que s’imposent, parfois conjointement, le dessin absurde et la bande dessinée, sans pour autant qu’il s’agisse déjà de spécialisations professionnelles. »
Jeudi 21 juin, ce sera au tour d’Olivier van den Bossche de soutenir sa thèse intitulée :
Entreprendre pour le développement. Une histoire des politiques UE/ACP de développement du secteur privé, de Lomé à Cotonou, 1975-2000.
La soutenance aura lieu en salle Claude-Simon à la Maison de la Recherche de Paris III, 4 rue des Irlandais (75005), à partir de 14h et sera défendue devant un jury composé de
Mme Laurence BADEL
Mme Véronique DIMIER
Mme Christine MANIGAND
M. Laurent MARTIN
Mme Guia MIGANI
M. Franck PETITEVILLE
Résumé :
Cette thèse retrace la construction historique d’une politique publique dite prioritaire de l’aide au développement. Les politiques de développement du secteur privé consistent à penser le développement par le renforcement d’un tissu économique privé local (micro-,petites et moyennes entreprises) et l’accueil d’investissements étrangers. La mise en place de ces politiques est ici étudiée dans le cadre des relations entre les institutions communautaires de l’Union européenne (UE) et les pays du groupe Afrique Caraïbes Pacifique (ACP), de 1975 à 2000, c’est-à-dire dans le temps des accords quinquennaux successifs de partenariat
UE-ACP sous les Conventions de Lomé.
(dessin de Subito)
Ce seront les deux premières thèses que je ferai soutenir en tant que directeur. Je serai certainement aussi ému que les doctorants! Ce sont deux belles thèses, dans des genres et sur des sujets très différents. Toutes mes félicitations, d’ores et déjà, à leurs autrice et auteur, pour leur persévérance et la qualité de ce que l’une et l’autre ont rendu.
Je complèterai ultérieurement ce post par le discours que je prononcerai à l’occasion de ces deux soutenances.
LM

Culture et contre-culture en Europe et aux Etats-Unis

Bonjour,

presque deux mois depuis mon dernier post, c’est mal de laisser mes lecteurs sur leur faim. A ma décharge, j’invoquerai les raisons trop habituelles, du travail par dessus la tête, un manque de temps chronique, tout ça… ne risque ne pas de s’arranger dans les semaines qui viennent, avec les soutenances de fin d’année, la préparation de la prochaine rentrée du département, les oraux du jury de l’agrégation d’histoire et la préparation d’un livre collectif qui portera précisément sur la nouvelle question d’histoire contemporaine à l’agrégation pour les années 2019 et 2020.

Cette nouvelle question, je l’ai définie de concert avec mon amie et collègue Catherine Bertho-Lavenir. Sous l’intitulé « Culture, médias, pouvoirs aux Etats-Unis en Europe occidentale, 1945 -1991 », nous avons voulu proposer un grand sujet d’histoire culturelle du contemporain qui a pour cadre la relation transatlantique mais aussi, plus largement, les relations culturelles internationales et transnationales occidentales dans le second vingtième siècle. La question de la contre-culture, de son extension occidentale comme de ses traductions nationales et locales est au coeur du sujet.

Je poste ici la lettre de cadrage à laquelle nous sommes parvenus après de longues discussions avec divers collègues.

« La question porte sur les relations qu’entretiennent la culture dans sa diversité, les médias et les formes de pouvoir aux États-Unis et en Europe occidentale entre la défaite de l’Allemagne nazie et la dislocation de l’URSS. Elle invite à considérer les supports ou vecteurs, les contenus et les acteurs de la culture et des médias en lien avec l’ensemble des pouvoirs (politiques, économiques, spirituels, etc.). Elle propose de réfléchir aux permanences et aux transformations de la culture et de la vie publique au prisme des échanges culturels de part et d’autre de l’Atlantique en posant la question de la domination américaine, réelle ou imaginée, dans le cadre de la mise en place de la mondialisation.

Le cadre chronologique correspond au second XXe siècle. La période s’ouvre avec la défaite de l’Allemagne nazie et, avec l’arrivée des Américains, la diffusion de la culture américaine en Europe occidentale à partir du milieu des années 1940. Au début de cette séquence, les États-Unis et leurs alliés ont libéré une partie de l’Europe occidentale avec le désir non seulement de voir se mettre en place des institutions démocratiques mais aussi d’orienter les cultures occidentales, les pratiques politiques, les opinions publiques et les institutions qui en sont les traductions dans un sens interdisant le retour de régimes autoritaires (en particulier en République fédérale d’Allemagne). En libérant l’Europe, les soldats américains exportent la culture des États-Unis : ils popularisent le jazz, les jeans, le Coca-Cola, les sports américains, comme autant de produits ou de pratiques symbolisant la jeunesse et l’American way of life. C’est aussi, dans toute l’Europe, une période de redémarrage et d’effervescence de la vie culturelle, de bouillonnement artistique, de mise en place de politiques publiques visant à démocratiser la culture (décentralisation théâtrale en France, Arts Council en Grande-Bretagne) et de médiatisation des sports. C’est enfin le début de la guerre froide, suivi rapidement de la coupure en deux du continent européen. Les pays situés à l’est du rideau de fer ne font pas partie du sujet mais on devra connaître avec précision la trame événementielle et les étapes de la guerre froide, afin de comprendre leur impact sur la vie culturelle. On devra prendre en compte certaines influences croisées (le phénomène Soljenitsyne dans l’émergence d’une pensée antitotalitaire en Europe occidentale, par exemple). Le concept « d’Occident » se renforce par opposition au monde soviétique : si l’histoire de chacun des pays du « bloc de l’Est » n’entre pas dans le sujet, la perception et la réception de leurs expressions culturelles « à l’Ouest » en font pleinement partie. Le terminus ad quem se situe au tout début des années 1990, moment où s’achève la guerre froide (chute du mur de Berlin en 1989 et dislocation de l’URSS en 1991) et où Internet s’ouvre au grand public. Au-delà de cette période, le cadre idéologique et politique qui formait l’arrière-plan des rapports culturels entre les États-Unis et l’Europe se transforme.

Le cadre géographique du sujet comprend les États-Unis et l’Europe occidentale, principalement la France, la République fédérale d’Allemagne (le cas particulier de Berlin inclus), l’Italie et le Royaume-Uni. On pourra y ajouter d’autres pays européens (pays scandinaves, pays du Benelux, Espagne, République d’Irlande, Suisse) dans la mesure où ils appartiennent à l’espace culturel occidental et entretiennent des liens avec les cinq pays cités dans la perspective de la question. La Suisse, par exemple, abrite des institutions culturelles majeures d’envergure européenne, voire mondiale qui doivent être prises en compte. De façon générale, les candidats devront savoir articuler plusieurs échelles (du local à l’international) et saisir les phénomènes de circulation entre les espaces politiques autant que ceux ancrés dans chacun d’entre eux.

La question permet d’aborder plusieurs dimensions de la culture, considérées sous forme de couples antinomiques, qui permettent d’identifier des dynamiques multiples entre culture populaire, culture savante, culture de masse, culture médiatique et politiques culturelles. Les cultures populaires traditionnelles (ouvrière, paysanne, religieuse…) évoluent sous la pression de la culture de masse et notamment de la culture médiatique ; celle-ci suscite les critiques des tenants de la culture classique qui y voient un appauvrissement irrémédiable. La pop culture, les contre-cultures, les subcultures minoritaires, en lien avec les mouvements de contestation politique du « système » dans les années 1960-1970, se fraient un chemin vers la légitimité culturelle en renouvelant les arts plastiques et la musique, dans les formes comme dans les thèmes.

Dans le domaine des arts (littérature, théâtre, musique, cinéma, arts plastiques, photographie, architecture, bande dessinée), la période est marquée, en ses débuts, par la vitalité de nouveaux mouvements de création. Le prestige de la Beat Generation est grand en Europe, même si les esthétiques du Nouveau Roman et, au cinéma, de la Nouvelle Vague traversent, une fois n’est pas coutume, l’Atlantique d’est en ouest. Jazz, rock, punk, pop, world music, chanson à texte et chanson engagée, festivals de musique ont fait l’objet de nombreux travaux. Sous l’influence du structuralisme et du post-modernisme, la pensée esthétique se renouvelle profondément. Il en va de même pour les différentes écoles et les grandes figures des arts plastiques, comme pour la rivalité entre Paris et New York quant à la domination sur les arts, troublée par la montée en puissance de la République fédérale d’Allemagne (première Documenta à Kassel en 1955) et, dans une moindre mesure, du Royaume-Uni.

Les rapports entre l’histoire culturelle et les évolutions économiques de la période sont également à souligner : enjeux et dispositifs des politiques publiques de l’après-guerre visant une démocratisation de la culture, effets de la crise des années 1970-1980 sur ces politiques, sur la définition des formes de culture légitime et les politiques de patrimonialisation. Les structures du marché de l’art et l’économie des médias font partie intégrante du sujet.

La presse et, plus généralement, les médias et les industries culturelles (édition, industrie musicale, cinéma, radio, télévision, jeux vidéo) seront étudiés dans leur organisation, leur évolution, leur rapport aux institutions démocratiques et aux instances de régulation, leurs liens avec les diverses formes d’organisation politique mais également à travers leur influence sur l’évolution sociale et culturelle dans son ensemble. La réflexion critique sur les médias fera nécessairement partie de la bibliographie, de même que les travaux sur la publicité, la communication politique et les sondages d’opinion.

Il en va de même de l’histoire intellectuelle et des intellectuels. Il s’agira d’étudier non seulement les grandes figures et les courants de pensée qui dominent l’époque considérée, mais aussi la montée en puissance des professions intellectuelles, la massification de l’enseignement secondaire, puis supérieur, le dynamisme des sciences sociales et humaines. L’influence de ces phénomènes sur l’évolution du débat politique ou sur des événements transnationaux tels que les mouvements de contestation de 1968 est au cœur du sujet. En revanche, l’histoire des sciences et des techniques ou l’histoire de l’éducation ne seront mobilisées qu’en fonction de ce qui précède.

On s’attachera à considérer les évolutions globales des sociétés occidentales et leurs rapports au politique à l’aune des transformations culturelles, médiatiques et politiques. L’hypothèse d’une « crise de civilisation » diagnostiquée par beaucoup d’intellectuels tout au long de la période doit être interrogée. L’évolution des mœurs, le renouvellement des formes esthétiques, la valorisation de l’écrivain et de l’artiste engagés – dans le cadre des décolonisations, par exemple –, les revendications des minorités multiplient les occasions de conflit autour des valeurs dominantes. Le jeu entre censure et transgression, la contestation des pouvoirs et les échappées utopiques caractérisent tous les pays de l’aire occidentale dont les systèmes de contrôle culturel seront étudiés. Les Églises participent également au débat sur les grandes valeurs des pays occidentaux, et sont, à ce titre, des acteurs de la culture et de la dynamique politique, aux États-Unis comme en Europe occidentale, mais l’histoire religieuse en tant que telle n’est pas incluse dans le sujet.

Les politiques culturelles publiques mises en place dans les pays occidentaux, tout particulièrement en Europe, au lendemain de la guerre, seront étudiées dans la diversité des modèles nationaux d’organisation, des moyens mobilisés, des missions assignées aux divers organismes qui en sont chargés. Les interactions entre ces politiques culturelles et la vie culturelle dans son ensemble mais aussi entre les pouvoirs publics (au niveau national, régional et local) et les acteurs privés (associations, mouvements d’éducation populaire, fondations philanthropiques, etc.) ont fait l’objet de nombreux travaux depuis une trentaine d’années dans la plupart des pays considérés. La dimension mémorielle et symbolique de ces politiques culturelles ne sera pas oubliée.

Ces politiques ont aussi été mobilisées dans les rapports qu’entretiennent les États entre eux. La diplomatie culturelle et ce qui sera nommé, à partir des années 1990, le softpower doivent donc être pris en considération, de l’utilisation du jazz et de l’expressionnisme abstrait par les États-Unis au moment de la guerre froide jusqu’à la contestation de la domination culturelle américaine au cours des années 1980. Les enceintes du débat culturel et médiatique international (Unesco, Conseil de l’Europe, conférences internationales) font donc partie du sujet.

Les sources permettant d’étudier l’histoire culturelle des pays occidentaux dans la deuxième moitié du XXe siècle sont pléthoriques : rapports officiels et littérature « grise » des pouvoirs publics et des organisations internationales, œuvres produites par les artistes et intellectuels dans tous les domaines d’expression, articles et dessins de presse, émissions de télévision et de radio, entre autres documents possibles, seront mobilisés ; ils devront être étudiés dans une perspective historique.

Réfléchir sur l’histoire culturelle, médiatique et politique des États-Unis et de l’Europe occidentale de 1945 à 1991 permettra aux futurs enseignants d’approfondir leur connaissance de ce passé récent, toujours à l’œuvre dans notre actualité. Au-delà de la conjoncture particulière liée au cinquantième anniversaire de Mai 68, c’est l’histoire des mutations des représentations occidentales au cours du second XXe siècle que cette question invite à relire à la lumière de nombreux travaux récents. Elle pourra nourrir utilement des enseignements sur les implications et manifestations culturelles de la guerre froide, sur la place de l’Europe et des États-Unis dans le monde ou sur les évolutions de la société française depuis la Seconde Guerre mondiale et, plus largement, servira à mettre en œuvre une documentation contemporaine riche et essentielle dans l’enseignement de l’histoire. »

Voilà, il me semble qu’il y a là de quoi s’amuser et s’instruire tout à la fois pour au moins les deux années à venir. J’en reparlerai régulièrement sur ce blog.

(oeuvre de Francesco Borgioni, trouvée sur le site « C’est quoi la gauche? » tenu de main de maître par Huchu Fuchu).

A propos de contre-culture, je signale pour finir ce post la sortie toute récente du numéro 3 de Hey! la revue de la contre-culture visuelle. Là aussi, j’en reparlerai sur ce site.

A bientôt donc,

LM

HEY! Arts étranges

Bonjour,

j’avais écrit en septembre dernier un billet à propos d’une revue que j’affectionne tout particulièrement: HEY! Celle-ci se relançait en changeant totalement de modèle économique et avait besoin d’un coup de pouce de ses amis et lecteurs pour réussir sa mue.

Sept mois après, la mue est réussie et début mars a paru le numéro 2 de cette nouvelle série. Voici les couvertures de ce numéro.

A l’intérieur, on retrouve la qualité des reproductions, la beauté de la typo et de la mise en page, le dialogue entre les textes (toujours en anglais et en français) et les images qui firent les beaux jours de la première série. On retrouve aussi ce mélange d’artistes cueillis à maturation, à la main, par des directeurs (Anne &Julien) qui ont eux-même une sensibilité d’artistes et pilotent leur revue comme ils le feraient d’une galerie d’art, avec le même soin apporté au choix des formes, des supports, des univers, la même tension entre souci d’ouverture et exigence de cohérence. Vous y trouverez aussi quelques signatures nouvelles, la mienne (et oui!) mais aussi celles de l’excellente mad meg et du non moins impeccable Didier Pasamonik.

Certains artistes présents dans ce numéro sont connus, d’autres non, certains sont français, d’autres non, ils ont des styles et des techniques extrêmement variés mais ont en commun un même dédain pour l’art conventionnel, un même goût pour la figuration la plus libre, la plus débridée. Un numéro de Hey! tient de la chambre des merveilles, du cabinet de curiosités, d’une salle du musée Tussauds. Rien n’y est commun, rien ne vous laisse indifférent, on rit, on frissonne – de peur, de dégoût, d’extase esthétique -, on bat des mains, on pousse des oh! et des ah! comme à un spectacle de foire ou de cirque, quand on croit que rien ne dépassera en intensité ou en difficulté ce que l’on vient de voir – avant que la scène suivante ne vous fasse changer d’avis. Ces tours de force peuvent être le fait d’artistes confirmés, professionnels reconnus et cotés sur le marché de l’art aussi bien que d’anonymes que l’on pourrait qualifier d’ « amateurs » si ce terme n’était aujourd’hui si péjorativement connoté, même quand on lui accole l’épithète « éclairé ».

On peut à loisir ranger leurs créations dans les cases d’une histoire de l’art alternative, entre art brut, outsider art, surréalisme pop… Je préfère quant à moi parler d’un « merveilleux moderne » et d’ « arts étranges » pour caractériser ces formes, ces couleurs, ces dessins, ces matières qui construisent des univers à chaque fois uniques, et qui manquent pourtant rarement d’éveiller chez celui qui les contemple une émotion d’un genre très singulier.

Pour ceux que l’étrange déconcerte, inquiète et fascine à la fois, je ne saurais trop vous recommander l’achat et la lecture de ce numéro et – si vous ne pouvez plus vous passer de votre dose de merveilleux moderne – l’abonnement à la revue électronique à cette adresse : https://www.heyheyhey.fr/fr/subscription/

Vous pouvez également vous procurer en librairie la version papier qui compile deux numéros, soit un total de 320 pages de pure et violente beauté. L’objet est juste magnifique (Anne & Julien ont tout mis dans la fabrication dudit opus) et fera le bonheur des collectionneurs mais surtout des amateurs – on y revient – d’un art qui refuse résolument les faux semblants.

Une présentation de la revue est organisée samedi prochain 7 avril à la Halle Saint-Pierre, dans le 18e arrondissement de Paris, haut lieu de mémoire HEY! puisque trois grandes expositions y furent organisées sous la conduite d’Anne & Julien. Les deux directeurs seront présents ainsi que votre serviteur et son maître, l’auguste et savant Pascal Ory. La rencontre débutera à 16h30, l’entrée est libre! Comme l’art selon HEY!..

AFFICHE A3 halle st pierre HD

LM

 

 

 

Francophonie et mondialisation culturelle

Bonjour,

Mardi dernier, Emmanuel Macron nous a gratifié d’un vibrant discours sur la francophonie sous la coupole de l’Académie française.  Inspiré, lyrique, intime parfois, ce discours avait incontestablement « de la gueule » et nous changeait agréablement des banalités débitées par nombre de ses prédécesseurs. Comment ne pas se réjouir de voir défendue une vision de la francophonie ouverte, dans laquelle la France n’occuperait pas forcément la place centrale ou surplombante, une pensée du décentrement, qui estime – fût-ce au prix d’un brin de démagogie – que « le français s’est émancipé de la France, (qu’) il est devenu cette langue monde, cette langue archipel » et que la francophonie ne doit plus être « cet espace incertain à la périphérie de la France » : c’est la langue française, désormais, et non la France, qui doit occuper le centre de cette communauté linguistique.

Comment ne pas saluer, par ailleurs, certaines des mesures annoncées par le Président : l’augmentation des aides à l’apprentissage du français pour les réfugiés, le renforcement du réseau des professeurs de français à l’étranger, le développement de cours en ligne dans les universités du monde francophone, l’implantation d’une future cité de la francophonie à Villers-Cotterêt, ville natale d’Alexandre Dumas et où fut signée en 1539 l’ordonnance faisant officiellement du français la langue du royaume de France…

Mais comment aussi – « en même temps » – ne pas être frappé par la contradiction qui consiste à claironner l’objectif de faire du français la deuxième langue de communication du monde (voire la première, comme Macron l’avait dit à Ouagadougou, pris peut-être par l’ivresse des tribunes ou l’excès de bière de mil) tout en récusant toute volonté d’hégémonie et en affirmant son attachement au plurilinguisme. Si la francophonie veut être autre chose que le faux nez du néo-colonialisme ou les habits neufs de l’affrontement entre le français et l’anglais pour la domination linguistique, il faudra à un moment sortir de cette contradiction.

Comment, enfin, ne pas souligner cette autre contradiction entre l’attachement proclamé à la francophonie par Emmanuel Macron et la confirmation par Françoise Nyssen, sa ministre de la Culture, de la fin du Tarmac, la seule scène nationale permanente vouée aux écritures dramatiques de la francophonie? J’étais lundi dernier, la veille du grand discours de Macron, à la soirée de soutien au Tarmac organisée par sa directrice Valérie Baran. Autour de la journaliste Sévérine Kodjo-Grandvaux, plusieurs intellectuels et artistes ont exprimé leur opposition à ce projet de fermeture, rappelant le rôle essentiel joué par le Tarmac dans la découverte et la promotion d’auteurs venus de toute la francophonie et qui n’auraient pas, sans cette scène unique en son genre, accédé au marché théâtral français et à la reconnaissance dans leur propre pays.

Je rappelle qu’une pétition circule pour protester contre l’oukase gouvernementale et exiger le maintien du Tarmac tel qu’il existe.

Voici la version actualisée de cet appel à la résistance et au combat en faveur du Tarmac :

Le Tarmac en résistance #3 / Soutien du Conseil de Paris

Le Tarmac

23 mars 2018 — Cher(e)s allié(e)s,

La ministre de la Culture répétait encore le 19 mars que le Tarmac devrait disparaitre dès 2019 au profit de Théâtre Ouvert pour en faire « l’un des lieux emblématiques de la création francophone ». N’est-ce pas précisément ce qu’est le Tarmac ? Face à ce manque de considération voire de mépris, notre mobilisation continue. Un nouveau communiqué vient de paraître : https://bit.ly/2HYY8SK

19 mars : Soirée de Mobilisation au Tarmac

A la veille de la journée internationale de la Francophonie, s’est tenue au Tarmac une nouvelle soirée de mobilisation consacrée à l’analyse des incohérences entre les déclarations d’intention du gouvernement en matière de Francophonie et la décision du ministère de la Culture de fermer le Tarmac. « Au moment où le Président ouvre le débat de la Francophonie, il le ferme avec le Tarmac. C’est absurde ! » s’est exprimé Gustave Akakpo.

Débrief de la soirée par Louise Hermant pour Les Inrockuptibles (lien en dessous).

 

Parce que la Francophonie est l’affaire de tous, le Tarmac a fédéré dans sa lutte des soutiens politiques de tous bords. Les élus des groupes socialistes, communistes, écologistes, France Insoumise et les Républicains et Indépendants ont tous émis un vœu au Conseil de Paris du 21 mars afin d’interpeller la ministre de la Culture pour qu’elle abandonne sa décision de fermer le Tarmac. La Maire de Paris s’est également prononcée en faveur du Tarmac, en proposant un vœu de l’exécutif demandant la suspension de la décision de la ministre et la relance du comité de pilotage sur le relogement de Théâtre Ouvert, voté à la quasi-unanimité.

Comment nous soutenir ?

De nouvelles actions de mobilisation sont en cours d’organisation au Tarmac. Restez connectés, nous vous en ferons prochainement part. En attendant, venez nous inonder de messages de soutien en photo ou vidéo, grâce au video-photo-maton installé dans le hall du théâtre.

Usez et abusez du #defendonsletarmac sur tous vos réseaux sociaux afin de diffuser au maximum notre combat. On ne lâche rien !

La pétition Défendons le Tarmac atteint près de 14.000 signataires. 14.000 mercis !

A très bientôt,

Le Tarmac

 

Je finis ce post (je voulais parler de bien d’autres choses, mais le temps me manque, ce sera pour le prochain) par une annonce concernant une rencontre qui aura lieu le 29 mars prochain dans les locaux des éditions de L’Harmattan sur le thème de l’histoire de la mondialisation culturelle.

Voici l’annonce de cet événement qui promet d’être passionnant :

Madame, Monsieur,

Nous vous rappelons que la deuxième séance des Jeudis de l’Harmattan 2018 qui portera sur les dimensions historiques et culturelles de la mondialisation aura lieu le jeudi 29 mars 2018 à l’Espace culturel l’Harmattan au 24 rue des écoles – 75005 Paris (Métro Maubert mutualité) à partir de 14h.

 

Quelques places sont encore disponibles ! Nous vous invitons à vous inscrire

via le formulaire disponible en ligne ci-dessous :

Formulaire de confirmation de présence

Les discussions s’articuleront autour de deux tables rondes :

Table Ronde 1 : « La mondialisation comme processus historique » : Comment caractériser ce processus historique, quelle périodisation en donner, quels sont les modèles interprétatifs qui permettent d’en rendre compte?

Animée par François Chaubet (professeur d’histoire à l’université Paris Nanterre).

Vous retrouverez ses ouvrages, publiés aux Éditions l’Harmattan, en cliquant ici.

 

Intervenants :

  • Romain Bertrand (historien, directeur de recherche à la Fondation nationale des sciences politiques)
  • Christian Grataloup (géographe, professeur émérite à l’université Paris VII Diderot)
  • Sylvain Venayre (historien, professeur à l’université de Grenoble)

Table ronde 2 : « La culture-monde : résultat du processus de mondialisation culturelle aux XXe-XXIe siècles »

Quels en sont les caractères et les acteurs principaux, quels sont les obstacles qu’elle rencontre, à quelles conditions (politiques, économiques, etc.) cette culture-monde pourrait-elle devenir un nouvel universalisme humaniste et non seulement la ruse de la raison capitaliste et impérialiste ?

Animée par Laurent Martin (historien, professeur à l’université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle)

Intervenants :

  • François Chaubet (professeur d’histoire à l’université Paris Nanterre). Vous retrouverez ses ouvrages, publiés aux Éditions l’Harmattan, en cliquant ici.
  • Robert Frank (historien, professeur émérite de l’université de Paris 1)
  • Ludovic Tournès (historien, professeur à l’université de Genève)

L’entrée est gratuite et le nombre de places est limité.

Nous vous invitons également à noter la date du prochain et dernier jeudi de l’Harmattan de l’année : le 24 mai 2018 – « Les industries culturelles et créatives dans la mondialisation ».

LM.

Culture ouverte

Bonsoir,

je voulais aller ce soir soutenir les amis du Tarmac, le théâtre francophone installé dans le 20e arrondissement de Paris, qui est menacé de fermeture. Et puis, non, j’étais enlisé dans la préparation d’un cours que je ne terminerai sans doute qu’assez tard cette nuit. Ainsi va la vie de l’universitaire moyen…

Le Tarmac a pourtant bien besoin de soutien. Héritier du Théâtre international de langue française fondé en 1985 par Gabriel Garran, il illustre parfaitement depuis plus de trente ans la création de qualité et l’ouverture sur le monde qui sont plus que jamais nécessaire à la respiration de cet art jadis populaire, aujourd’hui menacé de ghettoïsation socio-culturelle. Sous la direction avisée de Valérie Baran, le Tarmac porte haut les multiples couleurs d’un théâtre francophone, c’est-à-dire mondial. Et voilà que par une oukase ministérielle annoncée par voie de presse le 31 janvier dernier, il fermerait ses portes!? Et cela pour faire place à un autre projet, Théâtre Ouvert, ainsi mis dans le cas douloureux de ne vivre qu’au prix de la mort d’une magnifique institution? On ne peut que dénoncer cette décision brutale, dont on devine qu’elle procède davantage d’une logique comptable que d’un projet artistique longuement mûri. C’est le sens de la lettre ouverte écrite par l’équipe du Tarmac, que vous pouvez trouver ici :

http://www.letarmac.fr/rtefiles/File/cp-letarmac-02-02-2018.pdf

Et de l’appel à signer la pétition mise en ligne ici :

https://www.change.org/p/défendons-le-tarmac

Autre appel venu du large : celui que lance Judith Depaule, directrice de l’Atelier des artiste en exil. Dans ce cas, il ne s’agit pas d’un appel au secours, car l’atelier, qui a ouvert ses portes en septembre dernier, se porte plutôt bien (il bénéficie d’ailleurs du soutien du ministère de la Culture et de la Ville de Paris), mais plutôt d’un appel à soutenir son développement par le biais d’un financement participatif. Vous le trouverez à cette adresse-ci :

http://aa-e.org/fr/

Et vous découvrirez par la même occasion, si ce n’est pas déjà fait, l’existence de cette structure originale, installée elle aussi à Paris, dans le 18e arrondissement, qui accueille en résidence des artistes venus de pays en proie à toutes les violences, pour leur permettre de créer dans la paix et la sécurité. Dirigé par Judith Depaule et Ariel Cypel, qui pilotaient auparavant le théâtre et espace culturel Confluences, il accueille aujourd’hui une cinquantaine d’artistes, venus de Syrie et du Soudan pour beaucoup. D’autres sont aussi Irakiens, Yéménites, Libyens, Somaliens, Gambiens, Maliens, Sénégalais, Russes, Kazakhs, Ouïgours… Certains ont présenté leur travail l’automne dernier dans le cadre du festival Welcome au musée national de l’Immigration, d’autres le font jusqu’à la fin mars au Palais-Royal. Le ministère a fait l’effort nécessaire dans cette affaire ; dommage qu’il se soit planté pour le Tarmac mais le coup est peut-être rattrapable (surtout si nous sommes nombreux à se mobiliser)?

Ce qui n’est pas rattrapable, en revanche, c’est le ratage du gouvernement concernant le projet d’exposition universelle. Là encore, la communication gouvernementale s’est signalée par sa brutalité méprisante. D’une simple déclaration dans les médias, le 19 janvier dernier, sans prendre la peine de prévenir les animateurs du projet qui triment depuis plusieurs années sans relâche pour faire gagner la France dans la compétition qui l’oppose à la Russie, au Japon et l’Azerbaïdjan, le Premier ministre a prononcé l’arrêt de mort de la candidature française. « J’ai décidé de ne pas donner suite à la candidature française, qui sera retirée », a déclaré Edouard Philippe agissant ainsi en porte-flingue d’Emmanuel Macron, lequel avait pourtant publiquement apporté son soutien au projet, il y a quelques mois à peine.

Raison invoquée? « Les faiblesses structurelles du modèle économique » du projet, qui risque des mettre en péril des finances publiques déjà mal en point. On ne sache pas qu’un tel argument ait été avancé pour refuser d’accueillir la coupe du monde de rugby en 2023 ou les Jeux Olympiques l’année suivante. Mais sans doute le sport fait-il davantage recette auprès de nos élites soucieuses de divertir le bon peuple qu’une exposition des meilleures réalisations de la science et de la technique.

Ils étaient pourtant beaux, ce projet d’exposition décentralisée, et ce Globe qui aurait montré la Terre à l’échelle 1/75000e, réalisant enfin le rêve d’Elisée Reclus, lequel avait conçu ce projet pour l’Exposition de 1900 afin de proposer aux visiteurs de voyager d’un continent et d’un pôle à l’autre. « Et mon globe? écrivait-il après que sa proposition eut été rejetée. Eh! mon ami, s’il ne se fait pas sous mon nom, il se fera sous d’autres noms, plus grand, plus beau. Nos fils et nos petits-fils travailleront mieux que nous. » Hélas, les arrière-petits-fils ont failli autant que leurs parents et ma fille ne verra sans doute pas le Globe de Reclus réalisé. Elle verra à la place des sportifs sauter par dessus des perches ou se féliciter d’avoir amélioré d’un centième leur précédent record. Grisant.

Je sais, je fais mon intello grognon et caricatural. Par dépit, je force le trait, car en vérité je ne déteste ni le sport ni l’effort. Il m’arrive de regarder des matchs de rugby, même si le spectacle offert en ce moment par l’équipe de France a de quoi désespérer les plus optimistes… Mais ce qui me désole surtout, c’est de constater que la France passe une nouvelle fois à côté d’un événement qui aurait eu un retentissement de bien plus grande portée que n’importe quelle manifestation sportive, qui aurait laissé des traces bien plus durables, bien plus belles… J’y pensais aujourd’hui encore en écoutant la directrice du Grand Palais évoquer les travaux de restauration de ce lieu superbe, qui vont durer jusqu’en 2023 (ironie cruelle de l’histoire, cette date est fixée pour permettre au GP d’accueillir des épreuves des JO…). Le Grand Palais! Ce rêve de fonte et de verre beau comme un dessin de Schuiten, construit pour l’exposition de 1900 et qui fait tant aujourd’hui encore pour l’embellissement de Paris. Nous léguerons à nos successeurs des stades et des piscines. C’est autre chose…

En parlant de ville, je finis sur une annonce. Jeudi prochain, la séance du séminaire de recherche sur les capitales européenne et la culture, soutenu par le Comité d’histoire du ministère de la Culture, accueillera Gérôme Guibert et Jedediah Sklower pour parler de la musique. La séance se déroulera à l’université de Paris 1, au Centre Mahler, dans la rue du même nom (au 9 de la rue, CHS salle 106), et commencera à 14 heures. Inscription possible à cette adresse :

http://chmcc.hypotheses.org/3995

Et à 17h, cette fois à l’université de Paris 3, site Censier (13 rue Santeuil, dans le 5e arrondissement de Paris), salle Las Vergnas (au 3e étage du bâtiment), vous pourrez assister à la conférence que donne Mariko Oka-Fukuroi, professeure à la School of Cultural and Creative Studies de l’université Aoyama Gakuin et administratrice déléguée de la Maison franco-japonaise à Tokyo, sur « la réception muséale de la culture japonaise en France » (1977-2017).

En voici la note de présentation :

Comment l’esthétique japonaise touche le goût d’un large public en France? Trouve-t-on des points communs entre  deux cultures en quête de formes esthétiques nouvelles ? D’un côté comment expliquer le succès des Japan Expo, versions populaires de la culture japonaise des mangas exportés en Europe et de l’autre, celles d’expositions institutionnelles (comme le moine Ganjin, Joconde japonais en 1977, Hokusai en 2014, Japan-ness. Architecture et urbanisme au Japon depuis 1945  et  Japanorama. Nouveau regard sur la création contemporaine  au Centre Pompidou-Metz  en 2017-2018). Sans oublier celle plus récente de la Maison de la culture du Japon à Paris À l’aube du japonisme, Premiers contacts entre la France et le Japon au XIXe siècle. On redécouvre dans les musées une réception à la fois passionnée et  constante d’une autre culture japonaise par le public français ? Quelles sont les conditions de cette médiation et la fonction de ces expositions ?

Mariko m’a également communiqué le programme d’autres rencontres prévues dans les jours prochains autour des arts traditionnels japonais :

  • Vendredi 16 février   workshops / salles des lotus et des bambous 

 

Ateliers destinés aux étudiants / restaurateurs / conservateurs / etc.

Inscription obligatoire

N.B. la communication et l’organisation des inscriptions seront assurées avec la participation des institutions associées Université Paris 1 / INP / Bibliothèque nationale / Association franco-japonaise du papier…

 

9h-12h30  Salle des Bambous 

Préservation et restauration du papier washi 

Avec Jumpei Kanazashi et Katsuhiko Masuda/ introduction Cécile Becker

16 participants par atelier + 8 personnes encadrantes

 

13h30-17h  Salle des lotus 

Exposer et entretenir les sabres et fourreaux japonais

Avec Tetsutaro Morii et Atsuhiro Morii / introduction Cécile Becker

16 participants par atelier + 6 personnes encadrantes

 

13h30-16h  Salle des Bambous

Séance spéciale sur la Restauration du papier washi 

Avec Jumpei Kanazashi et Katsuhiko Masuda

8-10 restaurateurs professionnels + 2 personnes encadrantes

 

  • Samedi 17 février  – Autour de l’exposition Daimyo / arts de la guerre

Conférence-démonstration – grand public

11h-13h   Salon Pelliot

Sabres et fourreaux japonais  (Titre à préciser) 

Avec Tetsutaro Morii et Atsuhiro Morii / introduction Michel Maucuer

Réservation obligatoire  70 participants par séance + 8 personnes encadrantes

 

Conférence démonstration –Grand public

15h-17h30   Salon Pelliot 

Laques du Japon création restauration (Titre à préciser)

Avec Tatsuya Matsumoto / introduction Michel Maucuer

Réservation obligatoire   70 participants par séance + 8 personnes encadrantes

De quoi donner des idées pour ce week-end…

… que je vous souhaite excellent!

LM

D’un colloque, l’autre

Bonjour,

les colloques universitaires se succèdent à bon rythme à Paris et ailleurs, et nous peinons à le suivre, ce rythme, tant nous sollicitent par ailleurs les tâches que nous devons accomplir pour l’Université, dont beaucoup ne figurent pas sur les fameuses fiches de poste que nous rédigeons avant tout recrutement d’un nouveau collègue. Je ferai un billet un jour sur ce thème… quand j’en trouverai le temps!

En attendant, j’ai laissé passer l’occasion de parler d’un colloque pourtant fort intéressant qui s’est tenu cette semaine à l’université de Paris 7 Diderot, sur la liberté de la recherche dans le monde. J’y suis intervenu pour parler des obstacles dressés devant la recherche historique mais la problématique du colloque était beaucoup plus large. Je n’ai pu passer que le vendredi matin, où parlaient notamment un chercheur colombien sur les pressions qui s’exercent contre les universitaires en Colombie, venant aussi bien de la droite (ou de l’extrême-droite des paramilitaires, qui ne sont jamais loin) que de la gauche (ou de l’extrême-gauche des FARC) et met leur liberté de penser et parfois leur vie et celle de leurs proches en danger. Une autre chercheuse, argentine celle-là, évoquait quant à elle la difficulté de mener une recherche-action, aux côtés d’organisations syndicales, quand l’Université impose une vision très stricte et parfois elle-même politiquement orientée de la neutralité scientifique. Une troisième communication portait sur le marché universitaire mondial, et sur le rôle qu’y tient l’université d’Oxford, mêlant un discours d’excellence – tant du côté de la recherche que de l’enseignement – et des intérêts bien compris, notamment financiers. Tout cela était assez passionnant et j’espère qu’il y aura des actes. Cela ne sert plus à grand chose de poster le programme mais vous pouvez retrouver des éléments d’information à cette adresse :

http://freedom-of-research.org

En revanche, il est encore temps de publier le programme d’un autre colloque qui aura lieu à Sciences Po et, là encore, à Paris 7, du mercredi 22 novembre au vendredi 24 novembre, sur le thème de la citoyenneté.

Voici l’argumentaire :

« Alors que l’année 2017 a été scandée par d’importants rendez-vous électoraux (élections présidentielle et législatives) en France, il est opportun de reconsidérer la notion de citoyenneté, dans ses significations, ses frontières et ses extensions possibles. Loin de se réduire à l’acte électoral, la citoyenneté engage une multiplicité de dimensions de l’identité politique et sociale des individus, allant du statut socio-professionnel à l’identité de genre, de l’appartenance nationale aux identités ethnoculturelles et religieuses. Surtout, sa définition est coextensive à des revendications de droits, d’égalité et de justice qui évoluent dans le temps et dans l’espace : ainsi des revendications féministes ou LGBTQI, qui ont fait significativement évoluer la citoyenneté à travers la prise en compte des rapports sociaux de sexe et de leur articulation avec la race et la classe ; ainsi des revendications écologistes, qui ont permis de repenser la citoyenneté à l’aune des rapports entre l’humain, l’animal et la nature ; ainsi des luttes multiples et/ou intersectionnelles contre les discriminations qui, en pointant les limites de l’application du principe d’égalité, interrogent le sens et la portée de la citoyenneté. Notre objectif dans ce colloque USPC est de relier les débats sur la citoyenneté à autant de pratiques sociales qui la mettent en jeu dans les sociétés contemporaines, tant occidentales qu’extra-occidentales. La méthode envisagée est celle de la confrontation interdisciplinaire, entre les Humanités (histoire, philosophie, études psychanalytiques, littérature et arts) et les Sciences sociales (sociologie, psychologie, anthropologie, droit, économie, science politique, études aréales) qui composent notre communauté d’universités (Paris 3, Paris, 5, Paris 7, Paris 13) et d’établissements (Sciences Po, INALCO). Son pari est d’élaborer un savoir complexe sur les formes, les enjeux et les défis de ce qu’est « faire citoyenneté » aujourd’hui en France, en Europe et dans le monde globalisé. Un savoir qui, en plus de fédérer les recherches existantes au sein d’USPC, puisse orienter le débat public et politique dans les années à venir. »

Je présiderai une séance de ce colloque jeudi matin sur le thème – alléchant – de « citoyenneté et action culturelle ». Voici le programme :

Plaquette programme USPC citoyenneté

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui!

LM

Retour d’Argentine

Bonjour,

j’étais la semaine dernière en Argentine dans le cadre d’une mission pour l’université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, en compagnie de mon collègue et néanmoins ami Bruno Nassim Aboudrar.

Nous sommes partis à Buenos-Aires pour rencontrer des collègues de l’université UNA (Universidad Nacional de las Artes) avec qui nous espérons monter une formation commune au niveau master. Nous en avons profité pour présenter nos travaux au 2e congrès international des arts organisé par UNA et d’autres universités et écoles d’art d’Argentine. Un congrès ouvert par Mme la Rectrice, debout comme tous les participants pour l’hymne national qu’ils entonnèrent à pleins poumons… Quasi impensable en France!

De même qu’il serait difficilement concevable en France qu’un congrès universitaire soit entrecoupé d’interventions artistiques, comme cette performance préparée par des étudiants de l’université.

L’accueil des collègues argentins fut des plus chaleureux et nous sommes très optimistes quant aux possibilités de créer cette formation et d’instaurer un partenariat durable entre nos universités et nos pays. Affaire à suivre, donc…

Nous en avons bien sûr profité pour découvrir Buenos-Aires, ville très européenne, regardant du côté de Madrid, mais aussi de Paris – ses édiles ne prétendaient-ils pas en faire le « Paris de l’hémisphère Sud »? Une ville surgie du néant et nourrie de l’immigration européenne, surtout espagnole, basque, italienne. Troublant, cet air de familiarité qui saisit le promeneur européen qui en oublierait presque le décalage horaire et l’inversion des calendriers – c’est l’automne à Paris, le printemps là-bas…

Nos pas nous ont conduits à la Place de Mai, dans le centre de la ville, fameuse notamment pour les mères des disparus de la dictature militaire qui y défilaient pour réclamer des nouvelles de leurs proches. Au pied de la statue du général Belgrano, des inscriptions rappellent les assassinats commis pendant cette période noire de l’histoire argentine, et des représentations des châles blancs des mères éplorées sont peintes à même le sol…  Plaza de Mayo est le lieu de toutes les protestations sociales et politiques : nous y étions quand une manifestation de syndicats de paysans pauvres, souvent descendants d’indiens, s’y déroulait pour protester contre leurs conditions de vie, de travail et de rémunération. Depuis août et la disparition d’un militant de gauche, Santiago Maldonado, qui luttait aux côtés des paysans et indiens Mapuche contre l’emprise de grandes sociétés étrangères sur la terre, la situation est tendue dans le pays. Un militant de gauche qui disparaît corps et bien, cela rappelle de bien mauvais souvenirs en Argentine…

Buenos-Aires, c’est aussi la ville des peintures murales, graffitis politiques et/ou artistiques, surgis pour beaucoup à la suite de la crise économique et sociale de 2001. D’abord interdits puis tolérés, ils sont aujourd’hui presque encouragés par une municipalité qui y voit un atout touristique en même temps qu’un défoulement sans risques pour une population toujours malmenée par le néo-libéralisme. Dans le quartier de la Boca, en particulier, quartier populaire au sud-est de la ville où les taudis voisinent avec les entrepôts, les murs portent la trace des espoirs et des luttes de la population. On voit des enfants jouer parmi les ordures et les carcasses de voitures, des graffitis appeler à la révolution mais aussi des cars de touristes circuler dans ce qui est officiellement devenu le « district des arts », distrito de las artes, de Buenos-Aires. Un bon exemple de récupération-neutralisation d’un art populaire et politique à la fois.

J’essaierai d’écrire sur ce sujet dans un prochain numéro de la revue HEY! J’avais indiqué, dans un post récent, que cette revue française remarquable, entre modern art et pop culture, recourait au financement participatif sur kickstarter pour ses prochains numéros. Cet appel est toujours d’actualité, et je le relaie de nouveau ici :

Voir aussi :

http://mailchi.mp/78f3ab8770fa/hey-newsletter-june-2489965?e=5fc19022f1

Il reste 11 jours, on approche le montant demandé, encore un effort, on y est presque!

LM