Diversité ethno-culturelle et multiculturalisme dans les arts et les médias

Bonjour,

Cartables et cahiers s’empilent dans les supermarchés, les feuilles roussissent sur les arbres, les ténors de la vie politique et médiatique retrouvent de la voix, les mails s’entassent dans la messagerie : pas de doute, c’est la rentrée! Je sais pas vous mais, moi, j’ai une pêche d’enfer!

J’espère que vous avez passé un bel été – qui, du reste, n’est pas fini! La meilleure preuve en est que l’université d’été des sciences sociales d’Université Sorbonne Paris Cité – le regroupement d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche dans lequel figure mon université, Paris 3- est encore à venir, dans un peu plus de trois semaines. J’ai l’honneur et la lourde tâche de l’organiser, assisté de quelques collègues, étudiants et amis qui me donnent un sacré coup de main.

La deuxième édition de cette manifestation aura lieu du 18 au 22 septembre 2017 dans trois établissements (les universités de Paris 3, 7 et 13) sur le thème de la diversité ethno-culturelle et du multiculturalisme dans les arts et les médias.

La reconnaissance symbolique par les pouvoirs publics et les institutions culturelles de formes et de pratiques naguère qualifiées de sous-, infra- ou non-culturelles (rock, bande dessinée, mode, street art, etc.) quoique toujours contestée, est en bonne voie. Ce qui l’est moins, en revanche, est la reconnaissance de la diversité ethno-culturelle de la population française et la promotion de ses minorités par le biais de la culture.

Héritant d’un lourd passé colonial mais aussi d’une conception de la république comme régime centré sur les droits et devoirs du citoyen indépendamment de ses caractéristiques particulières ou de ses appartenances communautaires, la France de la deuxième moitié du XXe siècle a promu « l’intégration culturelle sans la reconnaissance des cultures spécifiques, et la mise en place de politiques de la diversité sans la reconnaissance des groupes. »  (Angéline Escafré-Dublet 2014). De là découle une insuffisante prise en compte de la diversité ethno-culturelle par les politiques publiques de la culture et ce à deux niveaux au moins : celui des publics et celui des professionnels. L’absence de données chiffrées sur la fréquentation ou la non-fréquentation des institutions culturelles par des personnes issues de l’immigration plus ou moins récente ou appartenant à telle ou telle ethnie ou culture, ou aux « minorités visibles » ou racialisées, si elle peut s’expliquer et même se justifier, rend en tout cas objectivement plus difficile la mise en place de politiques qui cibleraient ces populations. De la même façon, le refus de procéder à des « statistiques ethniques » invisibilise les phénomènes de discrimination à l’embauche parmi les professionnels de la culture, ce que dénoncent plusieurs collectifs et associations.

Les initiatives se multiplient qui choisissent le champ de la formation et de l’enseignement supérieur spécialisé pour promouvoir la diversité culturelle non plus dans les paroles mais dans les actes. Ces actions soulèvent des questions redoutables, parmi lesquelles celles-ci : les artistes qui bénéficient de tels dispositifs sont-ils retenus en raison de leurs qualités artistiques ou de leur qualité de représentants de minorités défavorisées que l’on veut favoriser ? Qu’est-ce qu’un artiste « non-blanc » pour reprendre l’expression employée par un certain nombre de voix militantes ? Des actions sont aussi engagées du côté des collectivités territoriales, pour associer les représentants des populations marginalisées à la programmation des événements culturels, ce qui pose là aussi un certain nombre de questions : comment choisir les bons interlocuteurs, quel est leur degré de représentativité, quelles parts respectives faire aux cultures traditionnelles et aux formes plus novatrices ?

Ce sont toutes ces questions – et bien d’autres – qui seront traitées lors de cette rencontre d’une semaine. Ce type de problématique engage en effet des recherches dans la plupart des sciences humaines et sociales présentes dans les divers pôles. Science politique, histoire, sociologie, anthropologie, droit, économie sont quelques-unes des disciplines placées dans l’obligation de prendre en compte la réalité multiculturelle de nos sociétés. La responsabilité sociale des arts et les politiques de la culture, à travers les notions d’identité nationale ou communautaire, de représentation des minorités, de démocratie culturelle, de droits culturels, font l’objet d’un nombre croissant de recherches et de débats qui portent bien au-delà de la communauté universitaire. Objet transdisciplinaire, la question de la diversité culturelle est aussi transnationale et divers intervenants étrangers viendront témoigner de leur expérience en la matière.

À l’heure où, en France comme dans beaucoup de pays, la tendance semble être au repli nationaliste et aux crispations identitaires, où le « multiculturalisme » est – pour de bonnes et de mauvaises raisons – décrié, il semble utile, et même nécessaire, de faire entendre une voix différente, celle de l’ouverture, de la tolérance, de l’accueil, de l’intégration dans le respect – non inconditionnel – voire la promotion des différences. La diversité culturelle, si elle soulève un certain nombre de questions et de problèmes, est avant tout une richesse qu’il importe de valoriser.

Et voici le programme ! Il pourra encore bouger jusqu’à la dernière minute mais on peut espérer qu’il sera tenu dans les grandes lignes.

Lundi 18 septembre univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3 Amphithéâtre A

  • 9h15 Accueil et allocutions de bienvenue

(François Houllier, président d’USPC, Carle Bonnafous-Murat, président de l’université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, Kathy Rousselet, préfiguratrice du pôle sciences sociales USPC, Laurent Creton, vice-président Commission de la recherche et président du Conseil académique de Paris 3)

  • 9h45 présentation de l’université d’été 2017 par Laurent Martin (professeur à l’université de Paris 3)
  • 10h Ouverture : conférence de Chérif Khaznadar (fondateur de la Maison des cultures du monde)

Matin : Des controverses intellectuelles et politiques sur la diversité culturelle et le multiculturalisme (colloque animé par Laurent Martin : comment poser et penser les grandes catégories intellectuelles qui structurent le débat sur la diversité culturelle et le multiculturalisme ? Quels liens entretiennent-elles avec le champ des arts et des médias et avec les politiques culturelles ?)

  • Pascal Blanchard (ACHAC)
  • Angéline Escafré-Dublet (Lyon 2)
  • Vincent Martigny (Ecole polytechnique / Sciences Po)
  • James Cohen (univ. Paris 3)

12h30-14h : buffet

Après-midi La question des représentations (table-ronde animée par Claire Blandin : comment montrer la diversité culturelle ? Que montre-t-on, que cache-t-on ? Les minorités dites visibles sont-elles invisibles dans les arts et les médias ? )

  • Catherine Kirchner (doctorante université Paris 3)
  • Sylvie Chalaye (professeure de théâtre à l’université de Paris 3)
  • Marc Cheb Sun (directeur de la revue D’ailleurs et d’ici)
  • Mémona Hintermann (CSA, présidente du groupe de travail Diversité)
  • Erwan Ruty (rédacteur en chef du Journal officiel des banlieues)

16h30-17h : pause

17h-19h : concert Lakhdar Hanou (oud oriental) / Jiang Nan (cithare chinoise)

19h-20h30 : cocktail

Mardi 19 septembre université Paris-Diderot (Paris 13e arrondissement) amphithéâtre Buffon

Matin : La mesure du problème (colloque animé par Philippe Coulangeon : quels indicateurs pour la diversité culturelle dans les arts et médias ? Pourquoi la question des statistiques ethniques est-elle un tabou en France ? Faut-il des quotas et de la discrimination positive dans les arts et les médias ?)

  • Olivier Martin (professeur à l’université Paris 5 Paris-Descartes)
  • Olivier Thévenin (professeur à l’université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle)
  • Loup Wolff (chef du DEPS, ministère de la Culture)
  • Patrick Simon (directeur de recherche à l’INED)
  • Jacek Rajewski (réseau Atana/Binoq, Fondation néerlandaise pour la diversité)

12h30-14h : buffet

Après-midi : La question des professionnels et de la formation (table ronde animée par Laurent Fleury : les artistes et responsables culturels issus des minorités ethniques, religieuses ou linguistiques se heurtent-ils à une discrimination à l’embauche dans les arts et les médias ? Comment lutter efficacement contre ces phénomènes ? L’enseignement supérieur spécialisé est-il une solution ?)

  • Duniému Bourobou (directrice des études de l’Ecole d’art dramatique de Saint-Etienne)
  • Jalil Leclair (Collectif Décoloniser les arts)
  • Said Berkane (délégué général adjoint à la Fondation Culture et Diversité)
  • Holta Hoxha-Carron (directrice générale de l’association « 1000 visages »)
  • Jacek Rajewski (réseau Atana/Binoq, Fondation néerlandaise pour la diversité)
  • Serge Saada (professeur associé à Paris 3, chargé de mission à l’association Cultures du cœur)
  • Catherine Jean-Joseph Sentuc (cofondatrice de l’Ecole Miroir)

16h30-17h : pause

17h-19h : Projection du film Ouvrir la voix d’Amanda Gay, présentation par Rachel Kahn

Mercredi 20 septembre université Paris 13 (Villetaneuse) amphithéâtre 4 UFR de Droit

Matin : Diversité culturelle et diversité linguistique (colloque animé par Kaoutar Harchi : comment diversités culturelle et linguistique s’entrecroisent-elles ? Quelle place faire en France aux langues minoritaires ? La dénonciation du « français colonial » n’occulte-t-elle pas la part essentielle de l’acquisition du français dans l’intégration des immigrés ? Prend-en suffisamment en compte le français de la francophonie ? Qu’est-ce que serait une véritable politique de la traduction ?)

  • Marcel Courthiade (maître de conférence à l’INALCO)
  • Penda Diouf (auteure, directrice de la médiathèque Ulysse, au Franc-Moisin, et cofondatrice de « Jeunes textes en liberté)
  • Valérie Baran (directrice du Tarmac)
  • Michael Spanu (sociologue doctorant à l’université de Lorraine)
  • Gaid Evenou (délégation générale à la langue française et aux langues de France)

12h30-14h : buffet

Après-midi : La question de la programmation et de la diffusion (tables rondes animées par Claire Blandin et Gérôme Guibert : quelle place est faite aux arts et cultures du monde par les institutions artistiques, médiatiques, culturelles ? Comment le multiculturel ou l’interculturel traverse-t-il les pratiques de création et de diffusion développées par les artistes et les institutions artistiques et culturelles ? Quelles parts respectives faire aux cultures traditionnelles et aux formes plus novatrices ?)

  • Marie Descourtieux (directrice des Affaires culturelles de l’Institut du Monde arabe)
  • Bérénice Saliou (Directrice artistique, culturelle et scientifique de l’Institut des cultures d’Islam)
  • Marie Sonnette (maîtresse de conférence à l’université d’Angers)
  • Salah Amokrane (TactiKollectif)
  • Seb Seb (artiste)
  • Raffaella Russo-Ricci (responsable adjointe du service éducatif du Musée d’art et d’histoire du judaïsme)

16h30-17h pause

17h-19h : Sebseb (poésie slam)

Jeudi 21 septembre Paris 3 Amphithéâtre Durkheim

Matin : Espaces : du quartier à l’Europe (colloque animé par Christine Manigand : du quartier à l’Europe et au monde, quels espaces, quelles échelles pour penser la diversité culturelle ? Quelles interactions entre les institutions culturelles et leur environnement urbain ? Les banlieues sont-elles le creuset où se forge l’avenir de la culture française ? Quel peut être le rôle des politiques publiques des villes, des États ou de l’Union européenne pour promouvoir la diversité culturelle ?)

  • Françoise Taliano-des-Garets (professeure à l’IEP Bordeaux)
  • Anne-Marie Autissier (maîtresse de conférence à l’université de Paris 8)
  • Karine Gloanec-Maurin (haute fonctionnaire en charge de la diversité au ministère de la Culture et de la communication)
  • Jean-Philippe Ruiz et Anita Helpiquet (festival de la diversité au Luxembourg / Centre de liaison des associations d’étrangers CLAE)

12h30-14h : buffet

Après-midi : Culture et migrants : la question des publics, des pratiques et de la participation (table ronde animée par Bruno Péquignot : quelle place faire aux pratiques culturelles et artistiques des populations, notamment issues de l’immigration ? Comment mieux associer les habitants au travail des institutions culturelles ? Comment toucher les publics qui demeurent en marge de l’institution culturelle ? La participation peut-elle aller jusqu’à la co-création de propositions artistiques ?)

  • Yann Lévêque (étudiant univ. Paris 3)
  • Nicaise Wegang (doctorante univ. Paris 3)
  • Christophe Blandin-Estournet (directeur du théâtre de l’Agora à Evry)
  • Luc Gruson (chargé de mission sur la culture et les arts au service de l’accueil des migrants)
  • Ksenija Konopeck (Borderland Centre Pologne)
  • Elsa Lauga-Mouledous (La Cimade / festival Migrant’scène)

16h30-17h : pause

17-19h : Lectures/écritures

Kaoutar Harchi Je n’ai qu’une langue, et ce n’est pas la mienne (Pauvert/Fayard 2016)

Anna Moï le Venin du papillon (Gallimard 2017)

Nathacha Appanah Tropique de la violence (Gallimard 2016)

Sabine Wespieser (éditrice)

Vendredi 22 septembre Paris 3 Amphithéâtre D 03

Matin : Temps : Histoire, mémoire et patrimoine (colloque animé par Laurent Martin : comment les institutions muséales et patrimoniales traitent-elles la question de la diversité culturelle ? Comment penser et montrer l’articulation de l’histoire et de la mémoire de l’immigration ? Sont-elles nécessairement conflictuelles ? Pourquoi n’existe-t-il pas en France de musée de la colonisation ?)

  • Octave Debary (anthropologue, univ. Paris 5)
  • Evelyne Ribert (sociologue, CNRS/EHESS)
  • Hélène Hatzfeld (politologue, Laboratoire Architecture Ville Urbanisme Environnement-UMR CNRS 7218)
  • Stéphane Malfettes (chef du service de coordination et de la programmation culturelle du Musée de l’Immigration)

12h30-14h : buffet

Après-midi : La question de la transmission (table ronde animée par Alain Pierrot : quel rôle peuvent jouer les institutions éducatives dans la valorisation des différences et dans la transmission de la mémoire des diverses communautés qui composent la France ? Quels programmes peuvent-ils être mis en place pour faciliter l’interculturalité ? Quelle place faire à la diversité culturelle dans la construction d’une culture commune ?)

  • Marjorie Nakache et Kamel Ouarti (Studio théâtre de Stains)
  • Gilles Delebarre (chargé du programme DEMOS à la Philharmonie de Paris)
  • Ana Azor Lacasta (Migrar es cultura au musée de l’Amérique à Madrid)
  • Olivier Cogne (directeur du Musée dauphinois)
  • José Alcantud (professeur d’anthropologie sociale à l’université de Grenade)
  • Amar Nafa (Association Génériques)

16h30-17h : pause

17h-19h : Présentation de la Compagnie Tamérantong par Christine Pellicane et son équipe : 25 ans de travail artistique, culturel, social et politique dans les quartiers

19h-20h30 Cocktail

Cette université est organisée avec le concours de :

Comité scientifique Claire Blandin (univ. Paris 13), Philippe Coulangeon (CNRS/Sciences Po), Laurent Fleury (univ. Paris-Diderot Paris 7), Gérôme Guibert (univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3), Christine Manigand (univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3), Bruno Péquignot (univ. Sorbonne-Nouvelle Paris 3), Alain Pierrot (univ. Paris-Descartes Paris 5).

Comité d’organisation : Kaoutar Harchi, Catherine Kirchner, Yann Lévêque, Camille Mérité, Malcolm Théoleyre, Nicaise Wegang.

Qu’ils soient ici chaleureusement remerciés! En particulier Yann, à qui nous devons cette remarquable affiche…

Et ces non moins remarquables programme et flyer, à télécharger et à distribuer à volonté :

USPC PROGR

Flyer_USPC 2017 VECTOR +3mm

Et voici l’adresse où remplir le formulaire d’inscription :

http://shiva.univ-paris5.fr/index.php?sid=59466&lang=fr

Je vous tiendrai au courant et mettrai régulièrement en ligne infos et liens que les divers participants me feront parvenir.

A bientôt donc.

LM

Valeurs du livre

Bonjour,

je trouve enfin le temps d’écrire quelques lignes sur deux événements marquants – du moins : qui m’ont marqué – survenus ces dernières semaines.

Le plus récent est le bon tour qu’à quelques-uns nous avons joué à Pascal Ory, ce grand professeur et chercheur en histoire qui m’a formé comme il a formé aux moins deux générations d’historiens, que ceux-ci soient devenus des « professionnels » de la discipline ou non. Avec quelques collègues et amis – Julie Verlaine, Christophe Gauthier, Dimitri Vezyroglou – nous avons fomenté un tendre complot au nom de code fruitier (POM pour Pascal Ory Mélanges) à l’occasion du départ à la retraite de notre maître. Nous avons retrouvé et contacté un à un tous ceux dont Pascal avait dirigé les travaux, soit comme directeur de thèse, soit comme « garant » d’HDR (l’habilitation à diriger les recherches). Nous leur avons demandé de proposer un texte en hommage à Pascal ; le sujet était libre, la seule condition était de respecter le secret sur l’opération. Quelques mois plus tard, nous recueillions toutes ces contributions pour les publier avec l’aimable et compétente complicité de Sylvie Le Dantec et de l’équipe des Publications de la Sorbonne.

Voici ce que ça donne :

La première et la quatrième de couverture :

POM_CouvPhoto

Le dessin de couverture a été offert par Jul, que Pascal Ory connaît bien et apprécie ; le dessinateur s’est inspiré du célèbre dessin de Léonard de Vinci, intitulé « L’homme de Vitruve » pour évoquer la curiosité encyclopédique de l’historien et l’humanisme qui caractérise son regard sur le monde, sans oublier la touche d’humour sans laquelle il n’est pas de gai savoir.

Je renvoie ceux qui désireraient acquérir le livre au site des Publications de la Sorbonne :

http://www.publications-sorbonne.fr/fr/livre/?GCOI=28405100827650

En voici déjà le sommaire qui, comme le dit fort bien le texte de présentation de la quatrième de couverture, « reflète non seulement la diversité des parcours et des domaines de recherche des élèves de Pascal Ory mais aussi l’éventail assez prodigieux des intérêts de celui qui ne s’est jamais voulu un maître – mais l’était et le reste, en vérité, dans le meilleur sens de l’expression. » On tient là, en effet, une manière de condensé de l’histoire culturelle et politique contemporaine telle que Pascal Ory a su l’incarner avec quelques autres chercheurs et enseignants de sa génération. Qu’on en juge :

Introduction

Les trois formules du professeur Ory
Alexandre Saintin

GUERRE & OCCUPATION

« Si étrange était le fléau… » Une préscience(-fiction) du désastre de 1940 – et de quelques autres : Jacques Spitz, La Guerre des mouches
Pierre-Frédéric Charpentier

« Idéologie » ou « culture » ? D’une lecture culturaliste du phénomène nazi
Johann Chapoutot

Le journal de la Corporation nationale de la presse
Philippe Jian

Représentations et collaboration
Vincent Artuso

Le collaborateur : petite histoire d’une grande figure de l’ennemi
Anne Simonin

La séduction d’une politique culturelle de masse. Images, emblèmes et couleurs dans les célébrations vichystes (1940-1944)
Rémi Dalisson

INTELLECTUELLES & INTELLECTUELS

Le Rosebud de Dominique Desanti
Anna Trespeuch-Berthelot

Faire l’histoire de l’histoire littéraire : jalons pour l’approche du cas Louis Aragon
Erwan Caulet

Dialogue autour du théâtre populaire
Nathalie Lempereur

Échappées, vacances et villégiatures de philosophes 1900
Stéphan Soulié

POLITIQUES CULTURELLES & SYMBOLIQUES

La salle V : visite en Front populaire
Pascale Goetschel

Pour l’histoire des politiques symboliques : le cas de la Marcha peronista
Esteban Buch

L’encadrement périscolaire. Une histoire culturelle des deux côtés de l’enceinte scolaire, 1936-2016
Nicolas Palluau

Bibliothèques : l’abandon du politique ?
Anne-Marie Bertrand

La politique culturelle et la création (1959-1981)
Antoine de Baecque

Le renouvellement de l’identité urbaine : des armoiries aux logos
Julie Manfredini

L’oxymore du président normal. Le prisme cérémoniel
Patrick Garcia

MÉDIATIONS CULTURELLES & ARTISTIQUES

HEY! Une revue d’art entre marges artistiques et culture de grande diffusion
Laurent Martin

Mélancolie des industries culturelles
Christophe Gauthier

Histoires de Jacques Goimard. Ou comment, « entre deux Mai », le cinéma, la science-fiction et la bande dessinée sont entrés à l’université
Dimitri Vezyroglou

L’Association, une aventure éditoriale en bande dessinée : de la majorité à la maturité d’un « art mineur »
Benjamin Caraco

Le Dom Juan de Marcel Bluwal. La création d’une œuvre patrimoniale pour la télévision
Évelyne Cohen

CIRCULATIONS INTERNATIONALES

Jumelage et commémoration : fondement du rapprochement des peuples, outil de construction des mythes
Alain Dubosclard

Le temps où l’abstraction eut raison. Histoire, mémoire, patrimoine : la respectabilisation des avant-gardes
Julie Verlaine

Le Festival mondial des arts nègres de Dakar (1966) : un jalon important de l’histoire du panafricanisme
Chloé Maurel

Le jazz fusion ou la world music avant l’heure. Réflexions sur la mondialisation de la musique américaine (1969-1975)
Ludovic Tournès

CORPS INTIME EXPOSÉ

Corps d’armée, corps aimé : quand Cocteau et le maréchal Lyautey parlaient sexe
Élisabeth Hennebert

Élégance et esthétique. Contribution à une histoire des représentations dans le sport en général et dans le tennis en particulier
Françoise Taliano-des Garets

La sexualité adolescente dans la France des Trente Glorieuses, entre « âge », « classe », « genre » et « race »
Régis Révenin

Étoiles et tabliers. Vedettariat, cuisine et cinéma en France dans les années 1930
Myriam Juan

PORTRAIT : Pascal Ory, un historien radiophonique Propos recueillis
Séverine Liatard

Bibliographie des publications à caractère scientifique de Pascal Ory (1970-2017)

Pour Pascal Ory, la surprise ne s’arrêtait pas là. Allant jusqu’au bout de leur projet machiavélique, les directeurs de l’ouvrage donnèrent rendez-vous chez l’un d’eux – qu’il soit remercié, ainsi que sa charmante épouse, pour son hospitalité! – aux contributeurs des Mélanges ainsi qu’à Pascal ; mais si les premiers étaient au courant de ce qui se tramait, le second ne l’était pas. Et ce fut donc pour lui une deuxième surprise que de découvrir ses élèves assemblés (une première, en réalité, puisque le livre lui fut offert dans un second temps) et bien décidés à fêter dignement ce qui ne pouvait être, en tout état de cause, qu’un faux départ. Pascal en resta sans voix, littéralement, et le cas est suffisamment rare pour être signalé. Mais nous ne lui demandions pas de discours, seulement de nous aider à déboucher le champagne et de poser pour la photo de famille, à quoi il se prêta avec la meilleur grâce du monde.

 

Dans les jours qui suivirent cette mémorable soirée, Pascal nous gratifia d’un message à la mesure de l’émotion qu’il éprouva ce soir-là, nous remerciant d’avoir créé « un objet de bonheur », qui serait désormais le « livre le plus précieux de sa bibliothèque ». Et cela m’a ramené en esprit à un autre moment heureux que je venais de vivre quelques jours plus tôt, là encore autour d’un livre, ou plutôt des livres, et toujours en excellente compagnie.

Quelque part en Provence, dans le Var, non loin de la petite ville de Salernes, se trouve l’un des royaumes de l’esprit où vont ceux qui désirent penser, créer et apprendre dans le plus bel environnement qui soit. Sorte de Cerisy-la-Salle provençal, la fondation des Treilles accueille depuis les années 1980 pour des résidences et des séminaires artistes, savants, écrivains, chercheurs, délestés pendant un temps plus ou moins long de tout souci matériel. Là, dans le décor enchanteur d’un domaine de trois cents hectares alternant pinèdes et oliveraies, champs de lavande et de blé, la plus belle nature rencontre la plus belle culture, que cette dernière prenne la forme des sculptures contemporaines aux abords des habitations au goût parfait, des débats érudits, des conversations brillantes autour de tables splendides, des livres tirés de la riche bibliothèque ou encore des méditations favorisées par les promenades, les baignades dans les piscines mises à disposition des résidents, sans oublier les siestes aux heures les plus chaudes de la journée. C’est là, au milieu de l’azur, des vagues et des splendeurs (mais sans les esclaves nus tout imprégnés d’odeurs, hélas et tant mieux!) que j’ai vécu une pleine semaine à réfléchir sur le livre et la lecture, cette passion ancienne.

Plus précisément, sur la « démocratisation des lettres », thème de la semaine qu’avait magistralement organisée Olivier Bessard-Banquy, professeur à l’université de Bordeaux III et grand spécialiste du livre et de l’édition. Il avait convié une petite vingtaine de collègues à réfléchir avec lui sur cette question difficile, essentielle, et curieusement encore peu traitée de notre histoire culturelle. Je ne vais pas résumer la teneur des discussions ni ma propre communication (sur les politiques du livre et de la lecture publique depuis 1945), les actes de la rencontre paraîtront dans quelques mois aux éditions Gallimard. Je voudrais seulement revenir sur un ou deux points qui touchent à la « valeur » du livre, de la littérature et de la lecture. Non point à la valeur marchande du livre, qui est un sujet important, ni même à sa valeur d’usage si on entend par là l’usage du livre ou de la littérature à des fins de distinction sociale, qui est un autre sujet important. Mais à ce qui fait la valeur de l’acte de lire des livres littéraires et non seulement utiles ou pratiques. « Pourquoi lire plutôt que pas? » pourrait-on ainsi formuler la question capitale.

Question capitale et urgente, sans doute, à l’heure où la pratique culturelle appelée « lecture » a tendance à régresser, dans le temps comme dans les budgets des individus contemporains, au profit d’autres pratiques liées aux images et aux sons, aux jeux et aux écrans. Certes, comme l’ont rappelé plusieurs intervenants, on n’a jamais peut-être autant lu et écrit qu’à l’heure des messageries électroniques, des réseaux sociaux et des sites d’information en ligne. Mais ce qui régresse en valeur absolue et plus encore relative, c’est la lecture silencieuse, concentrée, intensive, de livres-mots qui bâtissent par la seule magie du verbe un univers offert à la contemplation ou à la réflexion. Certains genres ont pratiquement disparu de l’édition, poésie, écriture dramatique ; d’autres sont menacés, comme le roman et l’essai, sans parler du livre universitaire. Le livre-papier est jugé ringard mais le livre électronique peine à le remplacer et l’on connaît trop d’intérieurs (habitations et boîtes crâniennes) d’où le livre est totalement absent. Peut-être n’y a-t-il là qu’un retour à la normale après la longue parenthèse de la « graphosphère » (Régis Debray) dont l’âge d’or se situe quelque part entre le milieu du XIXe siècle et les dernières années du XXe. Mais comme tous les clercs dont Saint-Régis est le patron, qu’ils soient de haute ou de basse caste, je ne peux m’empêcher de déplorer cette perte, sans discerner encore tous les gains promis par les chantres de la société connectée.

Ancien « gros lecteur » (deux livres au moins par mois selon les catégories du ministère de la Culture) devenu, par la faute du surtravail universitaire mais aussi par l’addiction aux séries télévisées (celle-ci étant peut-être en partie la conséquence de celui-là), un lecteur amaigri, réduit à quelques lectures rapides, utilitaires et distraites, je participe moi-même à ce basculement anthropologique, tout en essayant de le freiner et d’entraîner ma fille à y résister. Peut-être en raison de cet écartèlement cognitif et presque moral, je suis d’autant plus sensible à ce qui constitue l’irremplaçable valeur de la lecture quand celle-ci ne recule pas devant l’obstacle d’une pensée complexe, d’une écriture exigeante. Car, en effet, pour ce qui est du simple délassement, l’écrit n’offre à peu près rien que ne propose en mieux l’image accompagnée du son  ; pour la richesse des décors, le réalisme de l’action ou encore la précision de l’information, on trouvera sans doute mieux qu’un livre en regardant un film ou une série, en jouant à un jeu électronique, en consultant une encyclopédie en ligne. Mais il y a tout le reste.

Le reste, c’est-à-dire le plus important : la construction d’une pensée autonome, personnelle, l’édification d’un sujet libre. Pour m’en tenir à la forme-reine de la littérature contemporaine, le roman, rien de plus interactif que sa lecture : le lecteur co-construit le monde qui lui est proposé, alors que ce monde lui est imposé dans ses moindres détails par l’image et le son. Là où l’image mouvante et sonore nous impose sa présence et tyrannise notre imaginaire, le livre le libère ; il n’est pas de plus sûr moyen d’évasion contre le trop de réalité (au sens d’imitation du réel) qui sature l’image analogique ou numérique. Là où le spectateur est fasciné, hypnotisé, le lecteur le plus engagé dans sa lecture peut toujours l’interrompre, lever les yeux, reprendre pied dans le monde réel. Alors que nous sommes de plus en plus « empêchés de nous tenir à distance de ce qui est », pour reprendre les mots d’Annie Le Brun, le livre et la lecture maintiennent cette distance salvatrice contre les dangers d’une immersion qui nous coupe des autres, du monde et de nous-même.

Mais, parvenu à ce point de sa démonstration, l’historien se souvient que ce danger de l’immersion, ce risque de ne plus faire le départ entre réel et fiction, était précisément ce qui était reproché au livre de fiction par ses détracteurs, en particulier lorsqu’il tombait dans les mains des publics « vulnérables » qu’étaient, aux yeux des hommes du XIXe siècle, les femmes, les enfants et les prolétaires. Tous les arguments qui servent aujourd’hui à dénoncer les écrans servaient hier à dénoncer la lecture. Et j’ai bien conscience du caractère historiquement daté et socialement situé de mon plaidoyer (ou de mon prêche?) en faveur du livre. Il me faudra trouver de meilleurs arguments pour justifier ce qui n’est peut-être, après tout, qu’une habitude idiosyncrasique d’homme de lettres, qu’une « illusion scholastique » de plus.

En attendant, je vous laisse sur ces quelques lignes, plus convaincantes que les miennes, de Michèle Petit, tirées de son Eloge de la lecture paru aux éditions Belin en 2002 :

« On ne lit pas seulement pour maîtriser des informations, car le langage n’est pas réductible à un instrument ou à un outil de communication. On ne lit pas pour briller dans des salons ou pour singer des bourgeois qui, du reste, ne lisent pas tous, loin de là. Beaucoup de femmes et des hommes un peu moins nombreux lisent par goût de découvrir et pour inventer du sens à leur vie, y compris dans des milieux populaires. Pour sortir du temps, de l’espace quotidiens, accéder à un monde élargi. Pour s’ouvrir à l’inconnu, se transporter dans des univers étrangers, se glisser dans l’expérience d’un ou d’une autre, s’approcher de l’autre en soi, l’apprivoiser, moins le redouter. Pour savoir ce qui a été inventé comme solutions à la difficulté d’être de passage sur terre. Pour habiter le monde poétiquement et ne pas être seulement adapté à un univers productiviste. »

Et elle continue dans la même veine, faisant le lien entre littérature et culture et ce qui pourrait aussi relier, comme le fait l’imagination visuelle des étoiles d’une constellation, Pascal Ory, la Fondation des Treilles et mon travail au sein du département de Médiation culturelle de l’université de Paris III, soit le rapport étroit entre l’histoire culturelle et le présent de la culture :

« La culture, plus largement, n’est pas une coquetterie de nantis, c’est quelque chose qui touche au sens même de la vie. Elle n’est pas non plus un totem érigé, rassembleur, mais plutôt quelque chose qui est, ou qui devrait être, à la disposition de chacun, pour qu’il puisse s’en saisir, en faire usage, à tel ou tel moment de sa vie. »

Je vous laisse sur sur cette belle et grave pensée, de quoi méditer tout un été que je vous souhaite reposant et stimulant tout à la fois, ce qui n’est pas forcément incompatible. Que vous le passiez parmi le crissement des cigales de la Provence, le bruit des vagues bretonnes,  les sonorités étrangères ou les plaisanteries des garçons de café parisiens, pensez surtout à emporter de quoi lire (et pourquoi pas écrire), car on peut toujours oublier chez soi son paquet de cigarettes ou de biscuits, sa bouteille d’eau ou son flacon de crème solaire, qui sont choses aisément remplaçables : mais oublier son livre, ses livres de vacances, voilà qui vous gâche plus sûrement un journée que la pluie la plus drue et la plus froide.

LM

OUT RAGE

(Willem dans Libération, 2 juin 2017)

On avait beau s’y attendre, cela fait quand même un choc… L’Amérique de Trump est donc sortie de l’accord climat laborieusement construit et adopté par 197 pays réunis à Paris il y a deux ans. C’est évidemment une très mauvaise nouvelle, pour la planète, l’humanité, les populations et les pays les plus touchés par le changement climatique… et pour les Etats-Unis eux-mêmes, dont la population va pâtir de cette décision et dont le leadership est durablement atteint. Ce pays qui a l’habitude de se poser en modèle et en « grand frère »  du monde est aujourd’hui isolé sur la scène internationale (en compagnie de la  Russie, quand même, ce qui n’est pas rien), même si l’on se doute bien que le mauvais exemple qu’il donne va encourager d’autres pays à s’affranchir eux aussi, plus discrètement peut-être, des contraintes imposées par l’accord.

Cela dit, il n’est pas interdit d’être raisonnablement optimiste quant à la suite des événements. D’abord parce que la protestation unanime des grands dirigeants de la planète contre cette décision peut laisser espérer le maintien voire le renforcement de la coalition internationale contre le réchauffement climatique. L’Europe et la Chine, en particulier, ont d’ores et déjà réaffirmé leur volonté en la matière. Comme pour la tiédeur du soutien apporté par Trump à l’OTAN, la décision américaine peut encourager les Européens à se rassembler derrière des objectifs plus ambitieux.

(Lascar dans Science et Avenir)

Ensuite parce que, fort heureusement, Trump ne résume pas à lui seul toute l’Amérique. Beaucoup d’Américains lui sont hostiles et verront leur combativité renforcée par ce nouveau coup de force (le seul, à vrai dire, que pouvait s’autoriser un président déjà démonétisé et qui voit toutes ses initiatives bloquées par le Congrès). Si Trump va jusqu’au bout de son mandat, ce qui est loin d’être sûr si les enquêtes sur sa collusion avec la Russie de Poutine vont jusqu’au bout, on peut espérer que la majorité d’Américains qui avaient voté contre lui à l’élection de 2016 soient encore plus nombreux en 2020 et lui barrent la route d’une réélection ; 2020 qui sera aussi la date de sortie officielle des Etats-Unis de la COP21…

Sans attendre ce rendez-vous électoral, beaucoup de citoyens, de villes, d’entreprises américains qui ne croient pas que le réchauffement climatique soit un « canular inventé par les Chinois » (Trump dixit) s’emploieront à prendre les mesures qui s’imposent pour limiter ce réchauffement. Les gouverneurs des Etats de Californie, de New York et de Washington ont déjà déclaré qu’ils allaient « former une alliance pour le climat » et veiller au respect de l’accord de Paris. Idem pour le maire de Pittsburgh, la ville que Trump a déclaré vouloir défendre plutôt que Paris, qui a rappelé que sa ville avait voté à 80% pour Hillary Clinton et qu’elle était engagée à fond dans l’indispensable transition climatique…Les dirigeants de plusieurs grandes entreprises et de fondations philanthropiques ont également dénoncé la décision du président américain. De quoi réchauffer nos coeurs, à défaut de refroidir la planète!

Nawak (http://www.nawak-illustrations.fr/2016/11/trump-rechauffement-climatique/)

Je profite de ce post pour faire part de quelques manifestations à venir (une fois n’est pas coutume, je donne l’info avant l’événement!).

Le 8 juin prochain, nous nous retrouvons à l’Ecole des Chartes pour la cinquième séance du séminaire Culture / Communication, qui portera sur une comparaison internationale des rapports entre culture, communication et pouvoir politique.

Voici le programme :

8 juin 2017 : D’autres modèles nationaux. Une perspective comparatiste des rapports entre Culture et Communication (Ecole des Chartes, 65 rue de Richelieu, dans le 2e arrondissement de Paris) à 16h.

Jérôme Bourdon (Université de Tel Aviv), sur le modèle israélien

Simon Dawes (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines), sur le modèle britannique.

avec les interventions de Emmanuel Hoog, président-directeur général de l’AFP et Laurence Franceschini, ancienne directrice générale des médias et des industries culturelles du ministère de la Culture et de la Communication.

Le lendemain, vendredi 9 avril, aura lieu une journée d’étude dans le cadre du programme de recherche sur les capitales européennes et la culture depuis 1945 au ministère de la Culture et de la Communication, salle Molière, à partir de 9h. Cette journée, organisée par Françoise Taliano-des-Garets, portera sur les rapports entre culture et politique à Berlin, Londres, Madrid et Paris depuis 1945.

Voici le programme :

PROGRAMME JE 9 juin 2017

Vous êtes les bienvenus!

LM

 

Macron Président : ni cauchemar ni Grand Soir

Bonjour,

j’écris ces lignes au moment où Emmanuel Macron, huitième président de la Cinquième République, accomplit tous les rites par lesquels, en France, un président succède à un autre. On a souvent dit, et je n’y insiste pas, combien ces rites sont d’apparence sinon d’essence monarchique ; les journalistes qui les commentaient tout à l’heure à la radio parlaient significativement d’ « intronisation », comme si l’on couronnait un monarque au lieu d’un chef de l’Etat républicain.  Peut-être les Français ont-ils un si vif remords d’avoir coupé le cou à un roi qu’ils ne cessent de vouloir le ressusciter à travers les dirigeants qu’ils se choisissent… N’est-ce pas ainsi que Freud expliquait l’origine de la culpabilité et de la conscience morale dans Totem et Tabou, l’Avenir d’une illusion et Malaise dans la culture : le meurtre primordial du père par ses fils?

(Oliver dans Courrier international)

Mais foin de spéculations psycho-historiques, l’heure présente est aux réjouissances. Oui, réjouissances, auxquelles je m’associe pour ma part, avec quelques réserves. Hostile à l’idéologie du Front national autant qu’à la personnalité et aux projets funestes de sa cheffe, je ne peux que me réjouir de leur défaite et de l’écart de trente points qui sépare les deux finalistes de cette longue course que fut la campagne présidentielle 2017. Une large majorité de Français, de gauche comme de droite, ont signifié au F-Haine que ses prétentions à représenter le « peuple » français étaient infondées. Mais la joie ne peut être entière, quand plus de dix millions de Français ont glissé un bulletin Marine Le Pen dans l’urne, doublant le score réalisé par son père voici quinze ans. C’est un coup d’arrêt provisoire qui est donné à la progression du Front national, absolument pas le début de la fin de l’extrême-droite. Les raisons de sa prospérité ne vont pas disparaître comme par enchantement du jour au lendemain. Les déclarations d’Emmanuel Macron au lendemain de sa victoire, bien loin du discours auto-satisfait au soir du premier tour, montrent qu’il a pleine conscience du défi qui l’attend. Son quinquennat sera un succès si et seulement si on assiste à une décrue significative du chômage, certes, mais aussi – et les deux ordres de fait sont en partie liés – du vote en faveur des extrêmes. Extrêmes qui, plus d’une fois lors de cette campagne, se sont fait des risettes et continuent de le faire, préférant opposer le fameux « peuple » (ou les « patriotes ») aux « élites » (mondialistes, évidemment) plutôt que la gauche à la droite.

Il est vrai qu’Emmanuel Macron paraît lui aussi avoir répudié ce bon vieux clivage qui organise notre vie politique depuis deux cents et quelques années, se prétendant à la fois de droite et de gauche. Il lui substitue trop souvent un autre schéma binaire qui oppose cette fois les « progressistes » aux « conservateurs » de tous bords, cédant ainsi à l’ « hyper-simplisme » qu’il dénonce chez ses adversaires. Je le préfère quand il déclare vouloir « tenir à la complexité du monde » et mesurer « les profondeurs de l’histoire ». Ne pas voir le monde en noir ou en blanc mais être en capacité de saisir plutôt les nuances de gris, en nombre bien supérieur aux cinquante du fameux (et médiocre) roman de E.L. James, ce serait déjà se prémunir contre les tentations faciles de la démagogie.

Alors, bien sûr, il y a le programme libéral, non seulement sur le plan politique (auquel je souscris) mais aussi économique (ce qui me plaît moins), les projets de réforme du marché du travail à la hussarde, l’idéologie et la phraséologie managériales, le manque d’ambition en matière d’écologie…

(voir sur ce dernier point ce qu’en dit Greenpeace : https://www.greenpeace.fr/election-presidentielle-2017-emmanuel-macron/?utm_medium=cpc&utm_source=google&utm_campaign=Instit-Presidentielle&codespec=701b0000000lhsM&gclid=CjwKEAjwxurIBRDnt7P7rODiq0USJADwjt5DKVmGYUDAyVaDXB_vP61xToa4dYUsYkru5DOi2ua-choCAFvw_wcB)

Mais il y aussi le maintien d’un niveau de dépenses publiques élevé, la sauvegarde de l’Etat-providence, la réduction du nombre d’élèves par classe dans les établissements scolaires des coins de France déshérités, la poursuite de la construction européenne… Il faudra le combattre dans un certain nombre de domaines (je pense en particulier à ses projets concernant l’enseignement supérieur et la recherche, avec la suppression du CNU ou l’accélération du mouvement d’autonomie des universités qui aboutira à terme à leur privatisation partielle) mais aussi ne pas hésiter à le soutenir dans d’autres. Ce ne sera pas le cauchemar redouté par certains, ni le Grand Soir espéré par d’autres. C’est, pour le moment, pour des millions de Français et d’étrangers, un espoir, fragile, inquiet, mais un espoir tout de même, d’un peu plus d’ambition, de volonté, d’ouverture, et – ne serait-ce que cela – d’optimisme pour rompre avec tant et tant d’années d’immobilisme, de déprime, de crainte de tout et de tous. Donner à la France des ailes pour remplacer ses actuelles semelles de plomb, est-ce trop te demander, Manu?

LM

(Vadot sur Sandawe.com)

PS : je relaie ici, sans le commenter pour l’instant faute de temps, l’article publié dans #AuxSons sur le programme culturel d’Emmanuel Macron. J’y reviendrai dans un prochain post.

 

La diffusion officielle du programme d’Emmanuel Macron le 2 mars, nous a permis d’analyser la concordance entre les propositions culturelles du mouvement En marche ! et les axes de notre Appel #AuxSons pour la diversité culturelle et musicale. Emmanuel Macron alors candidat à l’élection avait déjà pu s’exprimer sur ses mesures pour la culture dans une interview donnée dans l’émission Les Matins de France-Culture le 27 janvier dernier. Nous constatons une évolution de son programme pour la culture au cours de la campagne, qui tend vers plus de précisions et réorganise la hiérarchie des propositions.

Le Président de la République a placé la culture comme priorité pour la France dans ses discours et son programme : « je ferai de la culture et de l’éducation le premier des chantiers ». Dès lors, sous quelle forme apparaîtra ce chantier prioritaire ? Quelle place accorde-t-il à la diversité culturelle ? Enfin, le secteur culturel s’appuyant en partie sur l’Économie Sociale et Solidaire (ESS), comment le nouveau Président entend-t-il favoriser et développer l’ESS dans un programme économique avant tout libéral ?

Culture et diversité : le refus d’une « culture prédéfinie »

La valorisation des richesses de la diversité culturelle est l’axe premier de la campagne #AuxSons. La pluralité des langues, des imaginaires, des patrimoines, des mots et des expressions, doit avoir une pleine place dans l’espace public.

Dans un monde où des politiques radicales arrivent au pouvoir, où les discours extrémistes prennent de plus en plus de place, Emmanuel Macron veut s’opposer à ce qu’il appelle “l’hyper simplisme” c’est-à-dire la réduction de la compréhension du monde à une émotion extrême : “la haine, la peur, le repli sur soi”. C’est pour l’ex-candidat “le début de la défaite de la pensée”. Emmanuel Macron décrit une mondialisation extrême, interactive et complexe et s’oppose donc à une réponse simpliste de repli : “je tiens à la complexité du monde (..) il faut d’abord l’appréhender”. Sa vision de l’Histoire et de l’identité collective s’inscrit elle aussi dans la nécessité de prendre en compte une certaine complexité, ce qu’il appelle les “profondeurs de l’Histoire”, notamment sur la question polémique de la colonisation où le candidat énonce vouloir reconnaître une responsabilité de l’État français tout en prenant en compte les éléments de civilisation et appelle à ne pas refouler notre passé.

A travers l’ensemble du discours d’Emmanuel Macron sur la culture, il apparaît que le candidat propose une vision de la culture en faveur de la création sous toutes ses formes et pour tous les acteurs. A la lecture de son programme culturel disponible sur son site officiel de campagne, nous pouvons déjà rendre compte d’une terminologie choisie : il fait apparaître à plusieurs reprises la diversité culturelle. A l’inverse des candidat-e-s de droite, on ne retrouve aucune référence à une identité, un héritage ou une culture française supérieure et figée. Rappelons ici qu’Emmanuel Macron avait créé une certaine polémique lors de son discours à Lyon déclarant « qu’il n’y pas de culture française mais une culture diverse en France”, chez les défenseurs d’une vision de la culture très nationale et élitiste.Il énonçait à cette occasion ne pas être favorable au modèle du multiculturalisme.

Dans un entretien accordé au journal en ligne Mediapart, le 5 mai 2017, il déclarait à propos de sa position sur le multiculturalisme et la diversité : « Pour eux { François Fillon, Marine Le Pen }, il y a une structure monolithique de la culture française. Or, la France n’est pas une identité figée ou fermée. Ce n’est pas une culture prédéfinie.(…) Je célèbre la culture de la créolité dans la République car il y a cette diversité. (…) Je veux qu’il y ait cette multitude, cette diversité, mais je ne veux pas d’une communauté juive qui vive à part, d’une communauté musulmane qui vive à part, d’une communauté créole qui vive à part, et qui se vivent d’abord comme des communautés. Je veux qu’ils se sentent d’abord comme un peuple uni. » Emmanuel Macron s’inscrit donc loin d’une vision culturelle figée et fantasmée, défendue généralement par la droite.

Mais en pratique, quelles mesures sont annoncées pour favoriser la diversité culturelle ? La question avait été posée à Christophe Castaner, porte-parole d’Emmanuel Macron et député des Alpes Maritimes, lors du Grand débat #AuxSons, organisé dans le cadre et festival Babel Med Music le 17 mars dernier. Le représentant du mouvement En Marche ! a exprimé alors l’importance du rôle des collectivités territoriales en la matière, de la liberté des médias des mesures de Pass culture et d’augmentation des plages horaires des bibliothèques présentées dans le programme d’En Marche. Mais il est difficile de voir en quoi ces propositions favoriseraient l’expression de la diversité culturelle. Il mentionne de plus la question des nominations des établissements culturels. Emmanuel Macron souhaite en effet « professionnaliser les nominations afin qu’elles reflètent la diversité de la société ». Cette mesure est intéressante mais apparaît décevante face aux propos forts tenus par Emmanuel Macron sur la diversité culturelle.

Soutien à la création : la défense de l’exception culturelle

L’Appel pour la diversité culturelle et musicale développe la nécessité du soutien à la création artistique et aux artistes émergents. La thématique « Soutenir les artistes et la création » s’est précisée durant la campagne d’Emmanuel Macron. A l’origine brandie comme argumentaire mais peu détaillée, l’ex candidat développe aujourd’hui quelques points plus complets.

Il souhaite maintenir le régime des intermittents. Il prévoit d’y intégrer la prise en compte des heures consacrées à l’éducation artistique et culturelle.

Plus spécifiquement sur les artistes émergents, Emmanuel Macron souhaite faire collaborer les établissements d’enseignement artistique et les pôles universitaires. Ces lieux seraient alors tournés vers l’international et pourraient proposer plus de résidences pour les artistes plasticiens. La création du spectacle vivant serait, elle soutenue par l’aide de l’Etat dans l’accroissement de la diffusion des spectacles, et par un renforcement des liens entre Paris et les régions, et entre théâtre public et privé. Concernant le spectacle vivant, il reste encore difficile de percevoir ce qu’entend réellement mettre en place Emmanuel Macron.

Le soutien à la création serait notamment assuré d’un point de vue financier par un fonds d’investissement de 200 millions d’euros, dédié à nos industries créatives et culturelles disposant d’une certaine expertise en France : l’animation, le jeu vidéo, les nouveaux médias et les effets spéciaux. Ainsi, les secteurs créatifs visés seraient avant tout ceux abordant un aspect compétitif sur le marché. Enfin Emmanuel Macron affiche son soutien au secteur et modèle cinématographique français ainsi que le secteur du livre.

L’exception culturelle et le meilleur partage de la valeur s’articulent comme beaucoup d’autres programmes électoraux autour de l’imposition des grandes plateformes de distribution. Pour Emmanuel Macron, « ce déplacement de la valeur fragilise la création dans sa diversité ». En ce sens, il entend lutter contre le contournement des obligations fiscales des grands acteurs du numérique. Cette lutte devra avoir lieu sur le terrain européen pour défendre une politique européenne de droits d’auteur. Les plateformes devront de plus être soumises à des obligations de financement de la création, de diversité et de diffusion des œuvres.  Le but est d’intégrer les géants du numérique à participer à une politique d’accès et de création de la culture.

Création internationale et circulation des artistes : « un Erasmus de la culture »

La France a selon Emmanuel Macron « un héritage exceptionnel » qui intègre « une tradition séculaire de savoir d’accueil, d’ouverture au monde et de respect de l’autre ». Mais sa politique culturelle internationale se situe avant tout à l’échelle européenne. Il entend ainsi convoquer un sommet des gouvernements européens pour définir les orientations et le rôle centrale de la culture. Il souhaite de plus développer l’industrie européenne de la production audiovisuelle.

Quant à la liberté de circulation des artistes, développée dans le quatrième axe de l’Appel pour la diversité culturelle et musicale, Emmanuel Macron propose de créer un Erasmus des professionnels de la culture. Cependant cette mesure s’inscrit dans un cadre uniquement européen, or les artistes connaissant des difficultés pour circuler ou faire circuler leurs œuvres sont principalement issus de pays non inclus dans la zone européenne. La campagne #AuxSons rappelle que la liberté de circulation des artistes et des personnes en général, ne devrait être conditionnée, comme toute liberté constitutive de la dignité humaine, à aucun critère d’origine ou de nationalité. La campagne #AuxSons défend donc cette liberté pour l’ensemble des artistes et non uniquement pour les artistes européens. Il faut de plus noter que la loi du 7 mars 2016 sur le droit des étrangers en France a créé le Passeport talent, un titre de séjour pluriannuel accessible notamment aux artistes-interprètes quelque soit leur nationalité. Sur la circulation des réfugiés et leur accueil en France, ce serait “un devoir” de la France selon Emmanuel Macron. “Je suis aux côtés des gens qui fuient les guerres et les persécutions. Je suis aux côtés des gens qui défendent nos valeurs » pouvait-on lire sur son compte Twitter suite au décret anti-immigration du Président Donald Trump.

Emmanuel Macron souhaite promouvoir la Francophonie par le soutien au réseau des institutions culturelles françaises et encourager les coproductions, les salons et festivals francophones. Cela permettrait de redynamiser les productions étrangères et leur diffusion en France, missions qui tendent à s’effacer de notre politique culturelle étrangère depuis 5 ans. Emmanuel Macron propose enfin de coordonner les acteurs du rayonnement culturel de la France à l’étranger mais ce ne donne cependant pas plus de précision.

Les intentions d’une politique culturelle étrangère sont présentes mais les mesures concrètes restent floues. Il ne s’enferme pas à l’inverse d’autres candidats de la présidentielle, à la stricte thématique de la langue française.

 

L’absence des droits culturels dans le programme d’ En Marche !

La campagne #AuxSons défend le respect des personnes et de leurs droits culturels. Les droits culturels mentionnés par la loi NoTRE comprennent une véritable refonte de la politique culturelle. Ils s’opposent entre autres à une vision descendante de la culture.

Les propositions pour la culture d’Emmanuel Macron ne font aucune mention de ces droits malgré la référence forte au respect de la diversité culturelle. Il entend pourtant « refondre la politique culturelle », première thématique abordée dans son programme culture. Il en fait « une priorité du mandat ». La refondation passe par le décloisonnement de l’action de l’administration via sa déconcentration, il est entendu ici permettre une meilleure coopération avec les Ministères de l’Education et des Affaires étrangères. L’Etat garde donc un rôle primordial et central sur la politique culturelle, les collectivités locales jouant « un rôle d’animateur des politiques nationales dans une logique de contractualisation et de partenariat ». Lors du Grand Débat #AuxSons organisé le 17 mars dernier, le porte-parole Christophe Castaner semblait pourtant prôner « l’invention territoriale » pour remplacer celle de l’Etat, ce qui semble contradictoire avec une politique culturelle avant tout déconcentrée.

 

L’Économie Sociale et Solidaire d’Emmanuel Macron 

L’axe six de la campagne #AuxSons prône le soutien aux entreprises guidées par les valeurs de l’ESS. Modèle solidaire et social, l’ESS accompagne les structures culturelles et participe au développement d’une gestion culturelle nouvelle.

Pour le Président Macron, défenseur du libéralisme économique, l’ESS est à la fois l’incarnation d’« une société de l’engagement », un acteur important de notre développement socio-économique et une forme d’  « entreprenariat où l’humain prime sur le profit ».

Il souhaite développer un ensemble de mesures fiscales, réglementaires et législatives, réunies sous le nom de « Social BusinESS Act ». Les entreprises et organismes de l’ESS seront intégrées au CICE (Crédit d’Impôt pour la compétitivité et l’emploi) permettant une diminution des cotisations sociales, et au CITS (Crédit d’Impôt de taxe sur les salariés) c’est-à-dire une redistribution d’une part des charges. Les marchés publics leur seront ouverts et la commande publique mobilisée. Emmanuel Macron souhaite de plus mettre en coopération l’expertise des entreprises sociales, privées et publiques. Les expertises complémentaires sont selon lui précieuses. Il assure de plus son soutien aux entreprises coopératives mais sans donner de réelles mises en œuvre. En matière de financement, le candidat d’En Marche suggère de développer le mécénat des particuliers et des entreprises en garantissant les avantages fiscaux, l’amélioration de la réglementation fiscale et l’instauration de « journée de la générosité » dans les établissements scolaires. Cependant, augmenter la dépendance des entreprises sociales au mécénat populaire est une solution instable à leur financement, la « générosité » ne peut être une base de financement fiable et durable des systèmes solidaires.

Emmanuel Macron souhaite soutenir les Pôles territoriaux de coopération économique en créant un centre de ressource nationale de promotion, d’accompagnement, d’échanges et de bonnes pratiques.

Le nouveau Président s’intéresse de près à l’innovation sociale. Par la création d’un Incubateur Nationale d’Innovation Social, il entend repérer et soutenir en France l’incubation des projets innovants comme les Start up, les évaluer puis les « essaimer à l’échelle nationale ». Cet incubateur permettrait de plus de faciliter les démarches administratives et de financer certains de ces projets.

Enfin le modèle associatif serait soutenu en favorisant le congé d’engagement et le congé solidaire, qui permettent à des salariés de poser des jours pour s’engager dans une mission d’intérêt général. Plus efficace, il propose de réformer le droit des associations pour leur permettre plus d’autonomie faces aux financements des pouvoirs publics et un règlement encadré des subventions afin que les pouvoirs publics respectent les délais de versement.

 

Les autres thématiques abordées

 

  • L’accès et l’éducation à la culture

L’éducation culturelle et artistique ainsi que l’accès à la culture occupent une place majeure dans le programme de Monsieur Macron.

L’instauration d’un Pass culturel pour tous les jeunes de 18 ans à hauteur de 500 euros en est une des mesures phares. Ce pass permettra aux jeunes d’acheter du contenu culturel par le biais d’une plateforme et sera financé par un modèle de redistribution appliqué aux GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). Le candidat s’inspire de la mesure italienne mise en place il y a six mois et dont l’un des objectifs est de lutter contre la radicalisation des jeunes italiens. L’accès à la culture sera de plus amplifié grâce à l’élargissement des horaires des bibliothèques, le soir et le week-end, permettant à chaque étudiant de bénéficier d’un lieu propice au travail.

Enfin, il aborde une troisième mesure de sa politique de démocratisation de la culture en avançant un renforcement de l’éducation artistique à l’école notamment par le soutien aux projets éducatifs co-gérés par les autorités locales, écoles, associations et conservatoires. Il cite à titre d’exemple les Music education Hubs britanniques, autrement dits les centres d’éducation musicale, établis en 2012, financés par le ministère de l’éducation et chapeautés par le Conseil des Arts.

  • Promotion du Patrimoine

La promotion du patrimoine a été peu mise en avant dans les discours d’Emmanuel Macron pourtant bien présente dans le programme culturel, elle est développée en quelque points. Le candidat d’En Marche envisage ainsi de « déployer une stratégie pluriannuelle et partenariale pour le patrimoine » pour la conservation, la restauration et la médiation. En lien avec les collectivités locales, les politiques patrimoniales seront comprises dans l’aménagement d territoire et la préservation d’un cadre de vie. Il entend diversifier les sources de financement affecté au patrimoine notamment privées.

Le programme d’Emmanuel Macron pour la culture s’est donc peaufiné au fur et à mesure de la campagne. Insistant d’abord sur l’éducation artistique et culturelle, les propositions se sont organisées autour de plusieurs pôles : définition du cadre de la politique culturelle, création, internationale, accès à la culture et médias. Si certaines mesures ont le mérite d’être assez précises d’autres restent encore floues et permettent de douter de leur réelle application. Le Président Macron entreprend la culture comme un système complexe et non figé, en ce sens il reconnaît la richesse de la diversité culturelle. Sa vision de la politique culturelle reste cependant bien descendante et laisse peu d’espoir à un véritable renouveau en faveur des droits culturels et l’instauration de la démocratie de la culture.

Sources :

Émission Les Matins de France-Culture le 27 janvier 2017.

La synthèse “les premières propositions cultures” sur le site de campagne En Marche.fr.

La Fiche Synthèse Culture, mise en ligne le 30 avril sur le site de campagne En Marche.fr

http://auxsons.com/emmanuel-macron-president-de-la-diversite-culturelle/

Caricatures politiques

Bonjour,

nous voici donc à quelques jours d’un scrutin décisif pour l’avenir de la France, de l’Europe – et, pour ceux qui croient encore que ce pays entretient un rapport particulier à l’universel, ce qui est mon  cas – du monde. Dans moins d’une semaine, nous élirons le prochain président de la République, ou la première présidente de son histoire. Au terme d’une campagne présidentielle auprès de laquelle les scénarios imaginés par les showrunners de House of Cards ou de Borgen apparaissent presque fadasses, voici donc face à face Emmanuel Macron et Marine Le Pen, les deux outsiders que tous les sondages – cela a été remarqué – ont constamment placés en tête des enquêtes d’opinion depuis des mois.

(dessin d’Alex, publié dans Courrier international 23 février 2017)

Pour moi qui assistais en direct, voici quelques mois, à la victoire surprise de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, je ne peux pas me défendre d’une désagréable impression de déjà-vu, même si les sexes sont ici inversés dans la distribution des rôles : un candidat de centre-gauche assimilé par son adversaire, mais aussi par une partie significative de l’opinion, aux grands intérêts financiers, une candidate de droite extrême voire d’extrême-droite – le terme fait débat – qui ne possède aucune expérience de gouvernement et a multiplié les promesses démagogiques en se prétendant la représentante du « peuple » contre les « élites ».

Les similitudes ne s’arrêtent pas là. Ce qui frappe également, c’est la grande violence dans le ton, la déshumanisation de l’adversaire, l’insulte qui vole bas et la caricature qui cogne fort. Ceux qui ont lu le post datant du 6 novembre 2016 se souviennent des dessins qui dégradaient Donald Trump mais surtout Hillary Clinton, dont le portrait figurait sur des stickers que les plus acharnés de ses détracteurs collaient au fond de leurs w-c… La scatologie est l’un des grands ressorts de la caricature et Marine Le Pen en est parfois victime, comme le montrent ces deux dessins littéralement nauséabonds, publiés, pour le premier, par Charlie-Hebdo, le second par Anti-K (un site d’extrême-gauche anticapitaliste) :

 

De son côté, Macron est souvent caricaturé en banquier, selon un code graphique qui remonte au XIXe siècle, comme on le voit sur ces dessins tirés du Nouvel Observateur et du Monde :

Historiquement, l’anti-ploutocratisme, qui se porte aussi bien à gauche qu’à droite, a souvent croisé le chemin de l’antisémitisme et la polémique surgie avant le premier tour à la suite de la publication sur Tweeter d’une caricature anti-Macron par Xav, un dessinateur « officiel » des Républicains,  est à cet égard significative.

On peut trouver sur le net des dessins encore plus explicites, comme celui-ci, cité par la Ligue de défense juive, sur le thème séculaire de la Banque Rothschild,  qui a employé Emmanuel Macron entre 2010 et 2012 (publié originellement à l’adresse suivante :

Douce France – Macron et ses Maitres de la City : Suivez les conseils de David Rothschild , votez Macron, mieux, aidez le en toute discrétion…

Ce que montrent ces dessins, outre la persistance de motifs et de représentations qui puisent dans un imaginaire très ancien, c’est qu’une élection telle que l’élection présidentielle française, où la dimension « incarnative » est essentielle, fait certes appel à la raison des électeurs mais surtout à leurs émotions, à leurs peurs, à leurs réflexes d’adhésion ou de détestation. Et malgré tous mes efforts pour réfléchir, refroidir, mettre en perspective et à distance ce qui vient, je ne réagis pas différemment du reste de la population. Moi aussi, je réagis avec mes tripes autant sinon plus qu’avec mon cerveau. Mon cerveau peut bien se montrer sceptique devant le programme (ou l’absence de programme) d’Emmanuel Macron en matière économique mais aussi culturelle, sociale, internationale ; mes tripes me disent que l’arrivée au pouvoir d’une Marine Le Pen serait une catastrophe pour le pays, pas seulement pour ses élites (dont, sociologiquement, je fais sans doute partie, sans en éprouver de honte ni de fierté particulières) mais aussi pour ses plus pauvres, ses plus fragiles, qui ressentiraient très vite ce qu’il en coûte de suivre les bonimenteurs.

Vous l’aurez compris : pour moi, le 7 mai, ce ne sera pas le ni-ni.

Allez voter!

LM

 

La culture au programme

Bonjour,

qui dira que je ne tiens pas mes promesses? Certainement pas mes lecteurs, qui attendaient, certes avec une impatience croissante, que je donne enfin mon sentiment sur le programme culturel de François Fillon. Eh bien, non seulement je vais le donner aujourd’hui, mais j’y ajoute une présentation des programmes des autres candidats « majeurs » à la présidentielle, ainsi qu’un bilan des années Hollande! Et après ça, on se plaindra que ce blog n’est pas régulièrement tenu à jour…

Qu’il paraît loin, le temps où l’on débattait de la culture et des politiques qui la concernent durant une campagne présidentielle ! Et plus loin encore, le temps où la culture figurait au cœur du projet politique d’un candidat à la présidentielle ! Assez largement absente des campagnes de 2002 à 2012, la culture l’est tout fait de la campagne 2017, polluée par les affaires, hantée par un spectre bleu marine, passionnante et futile comme une série policière à rebondissements… Pourtant, des propositions existent, des programmes parlent de culture, et peut-être l’enjeu pour la Cité n’a-t-il jamais été aussi élevé. Avant d’examiner ces projets, il importe d’abord de faire le bilan de ce qui accompli – ou pas – sous la présidence de François Hollande.

Un bilan…

Les analystes sont généralement sévères quant au bilan de la présidence Hollande en matière culturelle : trahison, reniement, indifférence, incompétence…, les mots sont forts[1]. Peut-être excessifs. Car enfin, des promesses tenues il y en a eu, et non des moindres, avant même la loi fourre-tout du 7 juillet 2016 relative à la liberté de création, à l’architecture et au patrimoine : la nomination des patrons de l’audiovisuel public par le CSA (engagement n°51 de la campagne de 2012, mis en œuvre par une loi en 2013), le renforcement des moyens de l’éducation artistique à l’école (engagement n°44, concrétisé par le doublement du budget en la matière et l’objectif atteint de 50% des élèves bénéficiant d’une pratique artistique et culturelle en 2017, contre 20% en 2012 selon les chiffres du ministère), ou encore le retour à un taux de TVA à 5,5% pour le livre et la billetterie, des mesures pour aider les librairies indépendantes ou soutenir le développement des nouvelles technologies et de l’économie numérique. Mais, à côté de ces promesses tenues ou en cours de réalisation, combien d’autres oubliées en route ! La rémunération des auteurs en fonction de l’accès à leurs œuvres (le fameux « acte II de l’exception culturelle » qui n’a jamais vu le jour), le remplacement ou la suppression de HADOPI, la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, le rétablissement de la redevance dans les résidences secondaires, l’annulation de la fusion entre RFI et France 24, la remise à plat des aides à la presse, un statut juridique et une meilleure représentation des rédactions au sein des conseils d’administration des entreprises de presse, la lutte contre l’emprise des groupes industriels sur l’audiovisuel… Non que tous ces engagements non tenus aient été de mêmes portée, intérêt ou faisabilité, mais leur accumulation laisse un désagréable sentiment de négligence.

Ce qu’a semblé confirmer la personnalité des trois ministres qui se sont succédé rue de Valois, dont aucune – il s’agit de trois femmes, qu’on aurait rêvé plus puissantes – n’a vraiment marqué la fonction de son empreinte. Manque de temps, sans doute, manque de soutien et d’intérêt du Président de la République et des Premiers ministres, indéniablement – on est loin, décidément, des Mitterrand, Pompidou, et même Giscard ! Mais aussi, insuffisante maîtrise des dossiers, que des médias et des commentateurs ont caricaturée à plaisir, parfois avec d’évidents relents sexistes, mais qui n’en reste pas moins fâcheuse quand on est à la barre d’une embarcation aussi difficile à piloter que ce ministère des créateurs mais aussi des publics, des institutions parisiennes mais aussi des structures de province, de la culture mais aussi de la communication. La manne financière qui est arrivée à la fin du quinquennat aurait pu faire passer tout cela mais elle est apparue comme un rattrapage maladroit et électoraliste après deux années (2013 et 2014) de recul, une première sous un gouvernement de gauche. Au total, malgré quelques réussites, on ne peut ne conclure que le rendez-vous entre la présidence Hollande et la culture a été en grande partie manqué.

… et des projets

Le ou la prochain-e président-e de la République sera-t-il ou elle au rendez-vous de la culture ? Rien n’est moins sûr. Il est assez frappant (et inquiétant) de constater que les deux candidats qui font actuellement la course en tête dans les sondages, à savoir Marine Le Pen et Emmanuel Macron, sont ceux qui sont les moins diserts sur les questions culturelles ; à l’inverse, François Fillon, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, les trois autres candidats qui dépassent actuellement la barre des 10% d’intentions de vote, ont présenté chacun un programme dense et cohérent sinon toujours convaincant en la matière. Il est évidemment impossible de présenter et d’analyser en détail tous ces programmes dans ce court article, je me concentrerai donc sur les points saillants pour souligner convergences et divergences.

Les principaux candidats s’accordent pour affirmer la place éminente de la culture dans tout projet politique – affirmation rituelle et rhétorique mais qui rappelle que l’engagement de l’État dans le domaine culturel, l’existence d’une politique culturelle publique et nationale font partie, depuis plusieurs décennies maintenant, des acquis de la vie politique française. Cela ne préjuge en rien de la ou des structure(s) administrative(s) en charge de cette politique et l’on peut d’emblée remarquer qu’aucun des candidats ne se prononce sur la pérennité d’un ministère de la Culture et de la Communication, soit que cette pérennité soit une évidence implicite, soit qu’on se réserve la possibilité de la remettre en cause en cas de victoire. Si la culture est unanimement (et peut-être hypocritement) célébrée, il apparaît cependant assez vite que ce n’est pas tout à fait la même selon les candidats, et que la politique qui la concerne a des objectifs différents : défendre une identité supposément menacée, du côté de Marine Le Pen et, en sous-texte, de François Fillon ; ou réduire les inégalités devant la culture, du côté de Jean-Luc Mélenchon et de Benoit Hamon. On retrouve, sans surprise excessive, le clivage gauche / droite, Emmanuel Macron se trouvant, sur ces thèmes, plus proche des seconds que des premiers. De la même façon, et ce n’est pas tout à fait un hasard, les deux candidats de droite mettent l’accent sur le patrimoine et l’histoire de France (de façon beaucoup plus précise et chiffrée par François Fillon, qui propose un plan « Patrimoine pour tous » de deux milliards d’euros sur cinq ans), quand les autres mettent davantage en avant la création vivante. Le point commun à tous les candidats : aucun grand établissement, aucun « chantier présidentiel » en vue – l’époque en est passée – mais, à la place, le soutien à des structures de création décentralisées et mutualisées, « fabriques de la culture » selon Benoît Hamon, « maisons des artistes » selon Jean-Luc Mélenchon, « pépinières d’artistes » chez Marine Le Pen comme chez François Fillon. Lieux de la création vivante, structures de production et de diffusion, ils auront aussi pour mission de combattre les « déserts culturels », expression que l’on retrouve dans plusieurs programmes.

Autre proposition courante : élargir les horaires d’ouverture des établissements culturels, en particulier des bibliothèques et médiathèques, même si les moyens d’y parvenir diffèrent. C’est, avec une collaboration plus étroite entre les établissements culturels et le milieu scolaire, la principale mesure de démocratisation culturelle que l’on retrouve à gauche comme à droite. Propositions plus originales : un « pass culturel » (version Macron) ou un « passeport culturel » (version Hamon) : chez le candidat d’En Marche, un chèque (de 500 euros) qui serait donné à tout jeune de 18 ans pour qu’il effectue des « dépenses culturelles », chez celui du Parti socialiste une sorte de carte d’accès délivrée à tout jeune entre 12 et 18 ans afin qu’il puisse fréquenter des lieux culturels, du théâtre au concert, du musée à l’opéra. Ce n’est pas tout à fait la même chose mais l’idée est bien de donner au jeune lui-même la possibilité de choisir ses consommations culturelles plutôt que de soutenir une offre indifférenciée. Tout cela à coût constant pour Emmanuel Macron (« pas un euro de moins pour la culture », promet-il, mais pas un euro de plus) ou au prix d’une forte augmentation des moyens dégagés pour la culture : Benoît Hamon, comme Jean-Luc Mélenchon, proposent de consacrer 1% du PIB à la culture, soit quelque chose comme 20 milliards d’euros, un nouveau doublement du budget, comme entre 1981 et 1982, là où François Fillon et Marine Le Pen parlent plutôt de faire davantage appel aux ressources du privé. D’autres différences pourraient être pointées sur la question des intermittents, de HADOPI, de la concentration des médias… Dans le domaine culturel au moins, le clivage gauche / droite a encore de beaux jours devant lui.

[1]   Voir par exemple Laurent de Sutter (dir.), le Livre des trahisons, Paris, PUF, 2016.

 

Bon, je reconnais avoir un peu triché : ce texte est, à peu de choses près, celui que je viens d’écrire pour le site The Conversation France, à paraître bientôt. Vous l’avez donc en primeur, comme la salade du jour (comparaison peu flatteuse, j’en ai conscience). Contrepartie : tout cela est un peu rapide, il faudrait s’arrêter sur chacun des points, creuser, comparer… Si la fantaisie (ou l’urgence citoyenne) vous en prend, je suis à mon tour preneur de vos observations!

En tout cas, ces considérations font écho à un événement dont j’aurais dû – si j’en avais trouvé le temps – annoncer la venue voici déjà plus d’une semaine : la conférence de Jack Lang à l’université de Paris 3 Sorbonne-Nouvelle, dans le cadre de la deuxième édition de la Semaine des Arts et Médias organisée par l’UFR auquel mon département appartient. On le voit sur cette photo signer un exemplaire de sa thèse de 1968 sur l’Etat et le théâtre, un exemplaire qui avait appartenu à Bernard Dort.

Pendant deux heures, l’ancien ministre de la Culture, de la Communication et de l’Education nationale a répondu, malgré sa fatigue (il revenait tout juste d’un voyage dans la péninsule arabique) au feu roulant des questions que nous lui posions. Je ne dis pas qu’il a eu ou a raison sur tout, et sans doute son action passée est-elle critiquable, son analyse présente contestable ; mais quelle leçon d’énergie, d’enthousiasme, de combativité, de curiosité! De jeunesse, tout simplement, qui devrait inspirer les prétendants à la magistrature suprême quand ils parlent d’arts, de culture et de médias – ce qui leur arrive trop rarement dans cette campagne, chacun l’aura noté.

LM.

 

Populisme et autres gros maux

Bonjour,

pas trouvé le temps depuis mon dernier post de m’intéresser au programme culturel de François Fillon. J’avoue avoir un peu temporisé, m’interrogeant – comme beaucoup – sur la survie politique du candidat empêtré dans ses histoires d’argent et de famille. Tiendra-t-il, lâchera-t-il? Il a tenu et semble avoir pour le moment fait taire ses opposants qui, à droite et au centre, réclamaient son retrait sinon au nom de la morale ou de la décence, du moins au nom de l’efficacité électorale… En l’absence de plan B ou J, l’ensablé de la Sarthe continue sa campagne. L’avenir dira cette décision relevait de la détermination inspirée (en cas de succès à l’élection présidentielle) ou de l’obstination imbécile (en cas d’échec).

Il n’a échappé à personne, en tout cas, que le candidat traqué par la justice, acculé par les médias, lâché par ses « amis » politiques avait, ces dernières semaines, pris des accents populistes pour s’adresser à ses partisans, invoquant le peuple contre les juges et les médias, la rue contre les institutions et les partis politiques. La comparaison avec des exemples étrangers, en particulier Donald Trump aux Etats-Unis, n’a pas manqué d’être faite, notamment avec cette propension à invoquer des « faits alternatifs » quand les faits… réels ne vont pas dans le sens de son intérêt. Dernier exemple en date : lorsque François Fillon a fustigé la façon dont les médias auraient propagé la rumeur du suicide de l’ineffable Pénélope… Une fausse information, donc, et d’autant plus que jamais aucun média, sinon les tweets de ses soutiens, n’a propagé une telle rumeur…

Ces accents populistes, que l’on retrouverait chez d’autres candidats, en particulier Marine Le Pen, m’amènent à attirer votre attention sur une journée d’étude organisée prochainement par l’Association pour le développement de l’histoire culturelle sur l’histoire des populismes. Après-midi plus que journée, d’ailleurs, puisque la manifestation aura lieu de 14 à 18h à la Maison de l’Amérique latine, à Paris, le vendredi 31 mars.

En voici le programme :

Flyer ADHC 31 mars Populismes

Que je reprends ici :

Les populismes : une histoire culturelle et politique  (XIXe-XXIe siècles)

Vendredi 31 mars 2017, 14h-18h

Organisé par l’Association pour le Développement de l’Histoire Culturelle (ADHC) en collaboration avec l’Institut des Hautes Etudes de l’Amérique latine (IHEAL)

Maison de l’Amérique latine, 217 boulevard Saint Germain 75007 Paris

 

14h : Pascal Ory (PR Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, président de l’ADHC), « Une hypothèse historique sur les origines et les avatars du populisme »

Pascal Ory est professeur d’histoire contemporaine à la Sorbonne (Paris 1). Il a publié en 2016 Ce que dit Charlie. Treize leçons d’histoire (Gallimard) et publiera cette année Vox Populi. Populisme, radicalité, catastrophe (Gallimard).

14h30 : Olivier Compagnon (PR Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle), « Le populisme en son terreau latino-américain »

Olivier Compagnon a récemment codirigé, avec Diogo Cunha, Les intellectuels et le politique au Brésil. XIXe-XXe siècles (Limoges, Lambert-Lucas, 2016).

15h : Paula Diehl (Université de Bielefeld/ Professeur invité à l’EHESS) : « Populisme de droite et médias de masse »

Paula DIEHL a notamment écrit Das Symbolische, das Imaginäre und die Demokratie : eine Theorie politischer Repräsentation (Baden-Baden, Nomos, 2015).

 

16h : Table ronde : Réflexions pluridisciplinaires sur le populisme d’hier à aujourd’hui

Modération : Jean-Yves Mollier (Université Versailles Saint-Quentin en Yvelines)

Jean-Yves MOLLIER, cofondateur et ancien directeur du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (1998-2005), notamment publié Édition, presse et pouvoir en France au XX e siècle (Fayard, 2008), Une autre histoire de l’édition française (La fabrique éditions, 2015).

Jeanyves Guérin (PR émérite, Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle)

Jeanyves GUÉRIN, spécialiste d’Audiberti et de Camus, a publié plusieurs ouvrages sur les rapports entre littérature et société dont en                 2016 : Les listes noires de 1944. Pour une histoire littéraire de l’Occupation (Presses de la Sorbonne Nouvelle)

Sandra Laugier (PR Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)

Sandra LAUGIER, Spécialiste de philosophie du langage ordinaire (Wittgenstein), a développé le concept d’ordinaire en éthique (éthique du care), cultures populaires, et particulièrement ces dernières années dans le domaine politique : désobéissance et démocratie radicale. Parmi les ouvrages récents, Le principe démocratie (La Découverte, 2014), Etica e Politica l’ordinario (LED, 2015).

17h : Pot de clôture

Contact et informations : Evelyne Cohen, secrétaire de l’ADHC : evelyne.cohen@wanadoo.fr

 

Je terminerai ce post par quelques mots sur l’actualité universitaire, hélas tout aussi préoccupante que l’actualité politique. Comme un certain nombre de collègues et d’étudiants, j’ai pris position contre le projet de fusion des universités Paris 3, 5 et 7, un projet qui me semble extrêmement contestable tant dans ses finalités que dans ses modalités. Je manque de temps – comme toujours – pour présenter ici correctement ce projet porté par la présidence de mon université ainsi que ce qu’on peut lui reprocher. En attendant de trouver ce temps, je mets sous les yeux des lecteurs de ce post un texte que j’aurais dû publier il y a déjà plusieurs semaines et qui me semble éclairer la situation présente dans son ensemble. Ce texte et ce sujet ne sont pas sans lien avec les thèmes du populisme et de la campagne électorale évoqués précédemment. Le désintérêt d’une bonne partie de nos responsables politiques, lui-même reflet ou traduction du désintérêt de la plupart de nos concitoyens pour l’enseignement supérieur et la recherche, me semble pour partie relever du même aveuglement et du même ressentiment irrationnel que partagent bon nombre des partisans des candidats « populistes ». Si la société s’entend pour sacrifier ce qui construit l’avenir de ses enfants, si les humanités et les sciences sociales ne peuvent plus trouver place dans la société et l’Université de demain, alors nous sommes très mal partis pour maintenir dans ce pays, et au-delà, cet idéal civilisationnel qui a été celui de l’Humanisme, des Lumières et de la Révolution des droits de l’homme.

Voici le texte de la tribune publiée dans Le Monde du 27/02/2017 :

Dans la campagne présidentielle, alors que les candidats et l’essentiel des programmes et des orientations sont désormais connus, un constat s’impose : la formation supérieure et la recherche ne sont, comme aiment à le dire certains politiques, « pas un sujet ».

Certes, il en est un peu question dans les programmes et, par ailleurs, avec le débat sur la suppression ou le maintien du nombre actuel de fonctionnaires, les universitaires font bien partie du lot. Mais c’est à peu près tout, dans les propos les plus audibles et les plus répétés des candidats. Et c’est bien peu. Et au fond, ce n’est rien.

L’avenir de la France et de l’Europe ? L’enseignement supérieur et la recherche, où se jouent à la fois la découverte du monde et l’innovation avec les sciences exactes, le travail rigoureux des sciences humaines pour comprendre la société, la vie psychique, la langue, et la formation intellectuelle des jeunes générations, n’aurait donc rien à voir avec cet avenir ?

Depuis de trop longues années maintenant, l’université souffre de n’être pas placée au cœur du débat et parmi les enjeux essentiels. Le résultat est qu’elle se trouve soit oubliée des responsables politiques, soit l’objet, d’un coup, de réformes bâclées dont les conséquences sont calamiteuses.

Lorsqu’un premier ministre déclare que les « explications » des chercheurs sont des « excuses », il ne fait pas que lancer un propos correspondant à une lubie personnelle. Il formule tranquillement l’avis d’une grande part de la classe politique, avis qui se traduit très clairement dans cet oubli systématique de vraies propositions sur l’avenir de notre université.

Les problèmes à résoudre ne manquent pas pourtant. Depuis la baisse du budget de la formation supérieure et de la recherche jusqu’à l’organisation des futures universités, en chemin forcé aujourd’hui vers des fusions hâtives, dignes souvent du monde d’Ubu, qui induisent la multiplication insensée des tâches administratives et autres évaluations imposées aux chercheurs et dévorent le temps qu’ils devraient consacrer à la recherche.

Au reste, on peut juger du peu de cas qui est fait de l’université à une donnée de fait révélatrice : la baisse constante du niveau de vie des enseignants-chercheurs, dont les salaires, après un cursus aussi long et sélectif que celui menant à un poste universitaire, laissent interloqués beaucoup de nos collègues étrangers – par exemple, les universitaires français gagnent moitié moins que les juges administratifs.

Sur toutes ces questions, il faut prendre le temps de donner des détails, et sur certains sujets des chiffres. Examinons l’évolution du budget total consacré aux formations du supérieur et à la recherche universitaire, qui regroupe l’ensemble des moyens consacrés aux universités et aux divers instituts et écoles (quel que soit leur ministère de rattachement), comparé à l’évolution du nombre total d’étudiants, en 2007, 2012 et 2016.

Que constate-t-on ? De 2007 à 2012, alors que le gouvernement claironnait un prétendu choix de faire de l’université une priorité, le budget a effectivement augmenté en termes réels – en sus de l’inflation – de 7,25 % (de 10,654 milliards d’euros à 12,778 milliards, avec une inflation cumulée à 8,7 % sur la période).

Mais, comme dans le même temps, le nombre d’étudiants augmentait de 7,13 % (de 2 228 000 à 2 387 000), l’opération a été littéralement blanche. Dans ces conditions, parler de moyens supplémentaires alloués à l’université, pour la formation des étudiants, les doctorants, la recherche, était un mensonge.

De 2012 à 2016, loin de s’améliorer, la situation s’est dégradée. Dans cette période, l’augmentation du budget est nulle en termes réels (elle suit simplement l’inflation : de 12,778 à 13 milliards, avec une inflation cumulée à 1,91 %), tandis que le nombre d’étudiants augmente à nouveau de 8,50 % (de 2 387 000 à 2 590 000 à la rentrée 2016).

Sur l’ensemble de la période (2007-2016), le budget augmente donc de 8,8 % en termes réels, tandis que le nombre d’étudiants, lui, augmente de 16,24 %. C’est ainsi à une dégradation des conditions de la recherche et de l’enseignement que nous assistons, bien loin des programmes et des déclarations d’intention, dans la réalité des politiques menées. Il faut cesser de prendre les citoyens, les enseignants et les étudiants pour des imbéciles.

Les universitaires pourtant, on peut le constater, sont inaudibles dans le débat public. On leur impose des réformes mal pensées, des coupes budgétaires là où il faudrait maintenir des budgets, on leur donne parfois beaucoup d’argent mais dans l’impératif de le dépenser pour des projets plus ou moins absurdes, décidés par des conseillers ministériels qui n’ont jamais fait l’effort de penser vraiment ce que pourrait être l’université de demain.

Les universitaires protestent. Et les voilà qui passent pour des mécontents perpétuels, de petits privilégiés arc-boutés sur leur position avantageuse. Quelle ironie ! Alors que l’immense majorité des chercheurs ne comptent jamais leurs heures de travail, ou quand à l’occasion ils les comptent, se disent qu’ils devraient de temps en temps s’accorder un week-end sans travailler, alors que la recherche française, dans tous les domaines, est si active.

Avec la dégradation insidieuse des conditions de l’enseignement supérieur et de la recherche, il ne s’agit pourtant pas que des universitaires, mais bien de l’avenir du pays. La recherche, sa vitalité, les moyens qui lui sont donnés, engagent en effet l’avenir sur le long terme, un long terme que les responsables politiques ont si souvent du mal à prendre en compte.

Souvenons-nous également que l’université est le lieu de formation de l’ensemble des enseignants, du primaire et du secondaire aussi bien, et qu’en conséquence, une diminution des moyens de l’université équivaut de facto à une baisse de la qualité des formations pour tous les enseignants appelés à leur tour à former les nouvelles générations. Et souvenons-nous enfin que le chômage, dans une époque où il est un problème de société si aigu, touche très majoritairement une jeunesse non ou peu diplômée, tandis que par exemple les étudiants titulaires d’un master trouvent très largement un emploi.

L’indifférence de la classe politique vis-à-vis de l’université et de la recherche, la façon dont les demandes des universitaires sont parfois livrées à la vindicte publique, pour des raisons démagogiques, relèvent d’une absence de vision qui est en réalité d’une grande irresponsabilité. La question de l’enseignement et de la recherche est celle de toute une société. Il serait temps que les politiques s’en rendent compte. Et cessent d’afficher le mot « avenir » comme un chiffon médiatique, pour penser effectivement l’avenir. L’université est au cœur de cette pensée.

 

Les premiers signataires de ce texte sont : Ariane Abrieu (Directrice de Recherche, CNRS), Fethi Benslama (Professeur, université Paris-Diderot), Guillaume Bossis (Chargé de recherche, CNRS), Michel Broué (Professeur, université Paris-Diderot, Institut universitaire de France), Laurence Campa (Professeur, université Paris-Ouest-Nanterre-la-Défense), Marc Cerisuelo (Professeur, université Paris Est-Marne-la-Vallée), Claire Chazaud (Directrice de recherche, INSERM), Catherine Coquio (Professeur, université Paris-Diderot), Gilles Courtois (Directeur de recherche, CNRS, Institut de mathématiques de Jussieu-Paris-Rive-Gauche), Maxime Decout (Maître de conférences, université Lille-3), Solange Desagher (Chargée de recherche, CNRS, université de Montpellier), Alexandre Gefen (CNRS, université Paris-Sorbonne), Aurélie Foglia (Maître de conférences, université Paris-III-Sorbonne Nouvelle), Sylvain Ledda (Professeur, université de Rouen), Patrick Lemaire (Directeur de recherche, CNRS), Christine Marcandier (Maître de Conférences, université d’Aix-Marseille), Éric Marty (Professeur, université Paris-Diderot, Institut universitaire de France), Hélène Merlin-Kajman (Professeur, université Paris 3-Sorbonne-Nouvelle), Florence Naugrette (Professeur, université Paris-Sorbonne), Marie Parmentier (Maître de conférences, université de Poitiers), Thomas Piketty (Directeur d’étude, Ehess, PSE), Dominique Rabaté (Professeur, université Paris-Diderot, Institut universitaire de France), David Rabouin (Chargé de recherche, CNRS), Nicolas Soler (Maître de conférences, université de Lorraine), Claire Voisin (Professeur, Collège de France, Institut de mathématiques de Jussieu-Paris-Rive-Gauche), Bernard Vouilloux (Professeur, université Paris-Sorbonne), Pierre Zaoui (Maître de conférences, université Paris-Diderot), Laurent Zimmermann (Maître de conférences, université Paris-Diderot).

 

Pétition adressée à : François Fillon, Benoît Hamon, Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon.

 

LM.